DICTIONNAIRE

DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE

PRATIQUES.

B AL A CARY.

DICTIONNAIRE

DE MÉDECINE 3*826 ET DE CHIRURGIE

PRATIQUES,

PAR MM.

ANDRAL,' BÉGIN, BLANDIN, BODILLADD , BOUVIER, CRUVEfLHIER ,

CULLERIER , DEVERGIE ( ALPH. ) , DUGES , DUPUÏTREN,

FOVILLE, GUIBOURT, JOLL7, LALLEMAND, LONDE , MAGENDIE ,

TOME QUATRIÈME.

CHEZ LES LIBRAIRES ÉDITEURS

MÉQUIGNON-MARVIS, J. -b. BAILLIÈRE.

1850,

PRATIQUES.

B

BALANITE , de (3a>«vo{, gland. La balanite est une inflamma¬ tion de la membrane muqueuse qui revêt le gland et la face in¬ terne du prépuce, et qui s’accompagne le plus ordinairement d’un Suintement mucoso-purulent : ce qui lui a valu le nom de gonor¬ rhée ou chaude-pisse bâtarde, échauffement, blennorrhée duglarid. C’est vouloir multiplier inutilement les divisions que de distinguer l’inflammation du prépuce (posthite) de la balanite, puisque, dans la plupart des cas , ces deux affections existent simultanément , et que le même traitement s’applique aussi bien à l’une qu’à l’autre.

La balanite reconnaît pour causes prédisposantes , le phymosis naturel complet ou incomplet , la longueur excessive du prépuce; et pour causes déterminantes, toutes les violences extérieures , par exemple le frottement violent etla constriction plus ou moins dou¬ loureuse qui a lieu dans le coït , lorsqu’il j a disproportion entre les parties de l’homme et celles de la femme ; la masturbation ex¬ cessive; l’application de substances âcres, comme cela s’observe chez ceux qui ont eu commerce avec des femmes affectées d’écou¬ lement leucorrhoïque , lochial ou menstruel, et qui, négligeant les soins de propreté, laissent les matières sécrétées subir une décom¬ position putride , signalée d’ailleurs par l’odeur qu’elles répan-

DICT. DE MÉDEC. PRAT. - T. IV. I

2 BALANITE.

dent. La plupart des auteurs disent que chez les hommes dont l’o¬ rifice préputial est fort étroit , la matière sébacée que sécrètent les follicules situées à labase du.gland, s’accumule en certaine.quàn- tité, s’échauffe, irrite les parties avec lesquelles elle se trouve eu contact , et y provoque une secrétion anormale.

Cependant on ne s’explique pas bien pourquoi dans l’état ordi¬ naire, et malgré la disposition analomique.dont.il vient d’être parlé , cette matière sébacée peut impunément s’amasser entre le prépuce et le gland , sans provoquer la plus légère inflammation, ainsi que nous avons l’occasion de le constater chaque jour chez les hommes du peuple qui négligent totalement les soins de propreté ; et comment, dans d’autres circonstances , il se développe une phlegmasie plus ou moins intense du' prépuce et dû-gland. Si cette cause a produit quelquefois la; balanite, elle n’est pas à beaucoup près la plus commune : et , en général , cette affection a lieu après un coït plus ou moins renouvelé, et dans lequel les malades, comme ils le disent eux-mêmes, se sont échauffés, et surtout lors¬ que les excès vénériens ont été- accompagnés d’écarts de régime , et de l’omission des soins de propreté. Tel était au moins l’état des choses dans le plus grand nombre des cas qui se sont pré¬ sentés à nous. Plusieurs fois nous avons vu des sujets chez lesquels Tpjçificedu prépuce était fort]étf. oit ,„notamment un jeune homme .chez lequel on avait peine à : introduire dans eette ouverture un stylet boutonné;, et. qui , par conséquent,; ne pouvait pas nettoyer Je gland du sroegmà déposé à sa surface, et nous n’avons pas vu qidils eussent de balanite, sans s’être. liy.rés .au coït. Jio.us n’avons pas non. plus remarqué que, comme le dit le;docteur Jourdan, £ette affection fût plus commune chez les enfans que chez les adultes ; nous croyons avoir des raisons suffisantes pour: penser le contraire J néanmoins, nous avons eu l’oecasion de la voir chez, de jeunes garçons.

Il faut quelque chose; de plus que l'accumulation- de la matière sébacée à Tétât physiologique , pour produire la balanite; il faut que cette. matière, en vertu de conditions qu’il ne nous est pas encore permis d’apprécier, ait acquis des qualités irritantes. Ce n’est pas, d’ailleurs, la seule circonstance où. des produits de sécrétion acquièrent une âcreté qui les rend propres à. 'enflammer les membranes muqueuses sur lesquelles ils sont déposes; et , de même que le mucus. fourni par le vagin dans la. leucorrhée , ou à la suite des couches peut amener la balanite y. de; même l’écou¬ lement puriforme , qui se fait par l’orifice du ; prépuce y peut en¬ flammer la membrane' muqueuse de là-, vulve et du vagin y sans.

BALANITE. 3

qu’on soit autorisé à croire à l’existence d’an virus. { Voyez Virus. )

La balanite est donc une véritable inflammation de cause ex¬ tern e , produite par des irritans mécaniques et chimiques , et entretenue par la disposition des parties sur lesquelles elle a son siège. C’est presque toujours une affection de peu d’importance, et qui se dissipe, soit spontanément, soit par de simples précautions hygiéniques. Dans quelques cas seulement elle oblige les malades à invoquer les secours de la médecine.

Les symptômes qui , ordinairement , annoncent l’existence de la balanite sont un écoulement plus ou moins abondant , et de con¬ sistance variable qui a lieu par l’orifice du prépuce. Le malade sent aussi un peu de chaleur et de démangeaison au gland , et sur le re¬ pli cutané dont il est recouvert ; et , si l’inflammation est très-con¬ sidérable , il peut y avoir un léger engorgement des ganglions de l’aine et même des testicules; mais ces cas sont excessivement rares. Il est plus fréquent de voir survenir un phymosis ou un paraphymosis {voyez ce mot) qui ajoutent à la gravité de la maladie, et nécessitent des moyens particuliers pour le trai¬ tement.

Lorsqu’on examineles parties malades, on voit, si leprépucepeut être relevé , le gland plus ou moins tuméfié, rouge et baigné d’un mucus purulent , dont l’odeur forte ressemble à celle du vieux fro¬ mage , et dont la couleur et la consistance sont variables. L’épi¬ thélium qui recouvre la membrane du gland et du prépuce est détaché par places; aussi la membrane est d’un rouge plus vif, et , si on l’examine avec une loupe , on aperçoit à nu les papilles qui forment sa surface; mais ce ne sont que de simples exco¬ riations, il n’y a pas de véritables ulcérations. Les follicules sé¬ bacés qui sont placés à la couronne du gland, sont aussi plus développés ; leur orifice est plus béant , et le produit de leur sé¬ crétion plus abondant et plus liquide.

douleur est peu considérable , si ce n’est quand l’orifice du prépuce étant fort ressêrré par l’inflammation , se trouve baigné par l’urine; c’est plutôt de la démangeaison que les malades ont coutume d’accusêr. Cependant la sensibilité est manifestement ac¬ crue, et la pression des parties malades y suscite une douleur momentanée ; il en est de même de la marche et de tous les mouvemens un peu réitérés.

La marche de cette maladie est le plus ordinairement aiguë, et pour peu qu’on y donne de soins, elle dure fort peu de temps. Ce n’est que dans des cas assez rares qu’elle passe à l’état chronique

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et qu’elle résiste aux secours de l’art. On voit cependant des ma¬ lades chez lesquels , sans que les parties présentent ni rougeur ni gonflement, la sécrétion folliculaire est altérée dans sa quantité comme dans sa nature, de sorte qu’il. en résulte une incommodité fort désagréable , et qui n’est pas toujours facile à guérir. Pour peu que les sujets qui en sont atteints s’échauffent ou se fatiguent , cette phlegmasie repasse promptement à l’état aigu , notamment dans les cas de phymosis complet ou incomplet , et de longueur excessive du prépuce , et les oblige à un traitement qui n’empêche pas des récidives plus ou moins réitérées. Quand la balanite oc¬ cupe le prépuce , qu’elle s’est renouvelée plusieurs fois , et qu’elle a passé à l’état chronique , elle peut amener l’épaississement et l’induration de ce repli membraneux. Quand cet état se prolonge, la sécrétion morbide se continue , la membrane muqueuse s’hyper- trophie , et il s’établit des adhérences plus ou moins étendues et intimes entre le prépuce et le gland. Nous avons plusieurs fois ob¬ servé ce phénomène, et nous savons, par expérience, qu’il est difficile de détruire ces adhérences anormales qui entravent l’exer¬ cice des fonctions du pénis. Aussi sommes-nous portés à les con¬ sidérer, avec M. Roux et M. Hey, comme des causes du cancer de la verge , à cause des tiraillemens continuels qu’elles occasionent.

Le diagnostic de la balanite est généralement facile, sur¬ tout quand il n’y a pas de phymosis , et l’on ne saurait guèré la confondre avec une autre maladie ; mais lorsque l’orifice du pré¬ puce est fort resserré, soit naturellement, soit accidentellement, on peut méconnaître la véritable source de l’écoulement , et croire à l’existence de l’uréthrite. Cette erreur, qui est facile à éviter avec un examen un peu attentif, a cependant été commise plus d’une fois par des praticiens d’ailleurs très-recommandables. In¬ dépendamment de l’absence des signes qui caractérisent l’uréthrite, il suffit d’une légère précaution pour constater que le mucus pu— riforme vient du pourtour du gland ; elle consiste à mettre en vue l’orifice uréthral et à presser légèrement l’extrémité de la verge : on voit alors que la matière sécrétée ne sort*pàs du canal.

Ainsi que nous l’avons déjà dit, on 11e saurait considérer la ba- lauite simple comme une affection grave , et elle est simple dans le plus grand nombre des cas. Aucun auteur n’a émis l’opiniou qu’elle pût donner lieu à des accidens syphilitiques secondaires ou constitutionnels ; aucun, surtout, n’acité de faitsauthentiques pro¬ pres à le faire croire. Pour nous , nous ne pensons pas qu’elle puis-e être vénérienne , et nous la regardons comme une affection non virulente , et incapable d’avoir aucune conséquence. Aussi ne pen-

BALANITE. o

sons-nous pas qu’elle puisse obliger à aucun traitement anti véné¬ rien , si faible qu’il soit , et quelque idée qu’on ait à ce sujet , sur lequel nous reviendrons plus tard. Mais il est bien entendu qu’il ne s’agit ici que de la simple balanite , à laquelle les véritables ul¬ cérations sont tout-à-fait étrangères, et qui ne s’accompagne que d’excoriations , c’est-à-dire d’un soulèvement de l'épithélium , sans solution de continuité de la membrane muqueuse du gland- ou du prépuce.

La balanite peut quelquefois coexister avec- des symptômes, vénériens plus ou moins évidens , mais alors même le traite¬ ment spécial est dirigé contre ces symptômes et non contre la, balanite. Il en est de même du phymosis et du parapbymosis , ils prolongent la durée de la maladie, mais sous une autre forme, qui ne lui appartient pas essentiellement. Il est fort rare que la balanite simple soit accompagnée d’abcès dans l’épaisseur du pré¬ puce; cet accident s’observe plutôt dans les cas de chancres. Une remarque qui n’est pas sans quelque intérêt , c’est que chez les sujets qui ont eu des balanites chroniques, on observe fréquem¬ ment des végétations. (- V oy. ce mot. ) Il est aussi d’observation qu’une première balanitè dispose à de fréquentes récidives., et il est tel sujet qui ne peut exercer le coït sans en être immé¬ diatement affecté , bien que n’ayant commerce qu’avec une femme parfaitement saine. On voit quelquefois une uréthrite succéder- à la suppression d’une balanite,, de même que la balanite- remplace , dans certains cas , une uréthrite qui cesse spontanément, ou par suite du traitement employé.

Souvent des soins de propreté un peu plus minutieux que de coutume suffisent pour dissiper la balanite ; des lotions et des bains locaux avec l’eau de guimauve , l’application , entre le prépuce et le gland, de charpie imbibée d’un liquide adoucissant et faiblement narcotique, lorsque le prépuce peut être relevé, et, dans le cas contraire, les injections faites avec le même liquide, «ont quelque¬ fois nécessaires. Il peut être bon aussi d?y joindre l’usage de bois¬ sons tempérantes , de bains tïèdes , et l’abstinence d’excitans de toute espèce ; mais nous avons vu rarement cette affection pré¬ senter assez de gravité pour qu’bn eût besoin de recourir aux sai¬ gnées locales ou générales. Quand la balanite a passé à l’état chro¬ nique, et que l’exhalation puriforme continue par une sorte d’habitude , les lotions froides et astringentes sont fort avanta¬ geuses. Mais ce qui nous a paru surtout fort utile , c’est le soin de tenir habituellement entre le prépuce et le gland un plumaoeau. de charpie destiné à absorber les fluides à mesure qu’ils sont exha-.

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lés, et, plutôt encore, à empêcher les parties enflammées de se trouver en contact. Lorsque la maladie est très-opiniâtre , on em¬ ploie avec avantage la cautérisation superficielle , et plus ou moins réitérée , avec le nitrate d’argent fondu, en y joignant la pré¬ caution que nous venons d’indiquer. Enfin, chez les sujets chez lesquels un phymosis naturel ou accidentel met un obstacle à l’usage des moyens hygiéniques et à l’application des agens thé¬ rapeutiques, le débridcment de ce repli membraneux, et même son excision partielle ou totale , forment un moyen auquel on est obligé de recourir dans certains cas , mais qu’on ne doit em¬ ployer cependant qu’après avoir reconnu l’inefficacité des autres. Tels sont les moyens curatifs que nous conseillons contre la ba¬ lanite, et nous ne recommandons aucun traitement particulier dans la vue de prévenir des accidens ultérieurs. Nous ferons ob¬ server que , supposé même que la balanite puisse être vénérienne dans quelques cas, il n’existe aucun moyen de s’en assurer; que la transmission même par le coït ne serait pas une preuve suffi¬ sante, puisque toute matière âcre organique ou inorganique peut enflammer lés membranes muqueuses; que par conséquent l’ad¬ ministration de quelques doses de préparations mercurielles est toute irrationnelle. En effet , dans l’opinion même de ceux qui soutiennent la spécificité du mercure, elle est insuffisante si la maladie est vénérienne, et superflue si ce n’est qu’une affection simple et locale. Toutefois , en faisant ressortir ce que cette ma¬ nière de procéder présente d’inconséquent , nous ne prétendons rien établir relativement au traitement de la syphilis et à l’em¬ ploi du mercure , et nous renvoyons à l’article Syphilis.

Les auteurs ont, pour la plupart, traité de la balanite d’une manière tri s-superficielle ; les dictionnaires de médecine qui ont précédé celui-ci n’ont pas même consacré d’article à cette ma¬ ladie, qui, bien qu’elle soit ordinairement légère, n’est pas ce¬ pendant indigne d’attention. (CuLLERrER et Ratier.)

balbutiement. Voyez bégaiement.

BALLONNEMENT, s. m. , inflatio, tympanitis , gonflement; distension de l’abdomen par une accumulation de gaz dans le canal intestinal ou dans la cavité du péritoine. Le ballonnement du ventre est un des symptômes ordinaires de l’hystérie et de l’hypo- chondrie; il survient fréquemment chez les individus dont les diges¬ tions sont habituellement pénibles et laborieuses; l’ingestion de certains légumes, tels que le choux, le haricot, le navet, le dé¬ terminent chez beaucoup de personnes ; c’est l’état habituel des enfans qui ont une grande quantité d’ascarides lombricoïdes ; on

BANDAGE. f

l’observe encore comme symptôme dans beaucoup d’entériteS chroniques, principalement chez les enfans nourris de farineux , ou dont le .sevrage n’a pas été bien ménagé. Enfin, on le Voit se manifester tout à coup à la fin des péritonites dont.l’issue va de¬ venir funeste , et lorsqu’il s’opère une perforation intestinale. Diras ees deux derniers cas , le ballonnement du ventre. est un symptôme mortel , ou pour parler plus exactement, il annonce que la maladie a fait des progrès funestes; dans toutes les autres circonstances; il n’a qu’une, très-faible valeur séméiotique.

Il n’v a- rien à faire au ballonnement qui survient dans Une péritonite ou après une perforation intestinale , et ce n’est pas un, phénomène assez grave dans les autres cas pour qu’il soit bien, nécessaire de s’en occuper ; il cède en général aux moyens dirigés contre la maladie dont il est le symptôme. Cependant , je l’ai vu disparaître assez promptement sous l’influence des frictions sur l’abdomen avec l’huile de- camomille camphrée;, pour «roiresique ce liniinent est le meilleur moyen de le combattre , et . pour con-, seiller aux praticiens d’y avoir recours dans tous Tes cas une inflammation, trop vive, n’en contre-indique’pas l’emploi.' -.(.Voyez. Ttmpanite. ). .: (L.-Gn. Roche.)

BALLOTTEMENT. Voyez Accouchement.

. .BALSAMIQUE.- Voyez Baume. . , rioh . T -/Hib

BANDAGE, s. m. , delîgatm, s. f. ,fàscia-., pn désigne parce nom, tantôt une simple pièce d’appareil ; tantôjt de véritables- ap¬ pareils plus ou moins compliqués , mais essentiellement formés! de bandes ou de morceaux de toile ou de flanelle; tantôt enfin-.de véritables machines . dans . la, composition desquelles . entrent des . ressorts , des lacs, etc. , de diverses natures. oij-uaj

Les bandages de cette dernière classe , qui agissent plus spé¬ cialement par leur élasticité , par leur grande résistance, à' la. manière des leviers, ont été généralement désignés sons le nom de bandages mécaniques ; ils constituent les brayers , les tourni¬ quets , les.compresseii.Bs , la plupart des agens àeY orthopédie , et. sont spécialement applicables:. aux hernies , aux, hémorrhagies aux difformités , et aux 'vices, de conformation (.voyez ces mots).1. Je, ne m’en- occuperai pas ici pour des raisons qu’il- est facile de sentir.

- Les usages -des autres bandages sont aussi très-variés.

Dans beaucoup de cas , ils servent seulement à maintenir en plaça lès diverses pièces: d’un pansement , et portent alors le nom de lpurdages simples ou contentifs .- ou bien ils contiennent les . fragmens d’un os fracturé, ou le viscères Cjui ont formé une

8 BANDAGE.

hernie , après qu’ils ont été réduits , et alors ik sont dits encore tontentifs , ou rétentifs.

D’autres fois ils serrent à maintenir en contact les lèvres d’une solution da continuité des parties molles , et on les nomme in— carnatifs ou mieux bandages unis sans; dans d’autres circonstances ils éloignent au contraire les parties qui tendent à se réunir, et con¬ stituent les bandages dwisijs.

Quelques bandages ont pour usage d’exprimer le pus qui séjourne dans le fond de certains clapiers ; ils sont dits expulsifs.

D’autres servent soit à exercer une compression autour des parties qui s’engorgent ou se laissent dilater par les fluides que l’affaiblissement de leur ressort ne leur permet pas de chasser, soit à retenir le sang qui s’échappe des vaisseaux divisés, etc.; ce sont les handageS compressifs.

Il y en a qui ont pour but de soutenir les parties , pour les soulager de la douleur occasionée par le tiraillement que leur propre pesanteur leur fait éprouver ; tels sont les suspensoirs , les écharpes.

Quelques-uns , enfin, allongent les parties qui tendent à se raccourcir ; on les nomme extensifs.

La forme des bandages est en rapport et avec les indications différentes qu’ils doivent remplir , et avec les variétés de configu¬ ration des parties sur lesquelles ils doivent être appliqués. Con¬ sidérés sous ce rapport , ils constituent :

1°. Le bandage roulé -, quand il est formé avec une bande ; et celui-ci se subdivise à son tour en :

a. Bandage rampant ou enspirale, quand il décrit autour d’une partie cylindrique , une spirale ascendante ou descendante , dont les pas ne se touchent pas par leurs bords.

: b. Bandage circulaire , quand les tours de bande se recouvrant dans leur' entier, sont disposés circulairement autour d’une partie.

c. Bandage en doloire, quand les jets du bandage en spirale se recouvrent mutuellement dans une partie de leur largeur.

d. Bandage renversé, quand la bande dans son trajet est changée brusquement de direction, de manière que son bord inférieur de,~ vienne supérieur , ou qu’après avoir recouvert une partie demi- sphérique, comme la tête, par exemple, elle est ramenée brus¬ quement à son point de départ en sens inverse à celui qu’elle vient de suivre.

e. Bandage en huit de chifre ( xiastre ou spica ) , quand les jets de bande décrivent deux cercles ou deux anneaux continus , au point de jonction desquels ils s’entrecroisent.

BANDAGE. 9

f Bandage noué, quand les jets de bande prenaut point d’appui l’un sur l’autre , sont changés de direction , de manière à figurer les nœuds d’une corde d’emballage.

g. Bandage en capeline, ou tout simplement capeline , quand la bande appliquée forme une espèce de calotte recouvrant une partie saillante, comme la tête , le moignon d’un membre am¬ puté, etc.

2°. Le bandage en T, qui résulte de la réunion de deux bandes , dont l’une est cousue par son extrémité à la partie moyenne de l’autre, et s’en détache perpendiculairement.

3°. Les bandages formés d’une pièce de toile simple diversement taillée et pliée, et à laquelle on adapte dans quelques cas des liens ou des bandes. Ils constituent le mouchoir, les couvrechefs , plusieurs bandages à chefs , les bandages triangulaires , etc.

Quels que soient la forme et l’usage des bandages , leur appli¬ cation est soumise à certaines règles dont on ne doit jamais s’é¬ carter , et dont la connaissance et l’observation constituent un art d’autant plus important que souvent il concourt à la guérison des maladies chirurgicales d’une manière plus efficace que les appli¬ cations médicamenteuses dont on couvre les parties affectées.

En général , tout bandage qui n’est pas compressif ne doit être serré qu’autant que cela est nécessaire pour en assurer la solidité. On reconnaît que le bandage a atteint le degré de constriction convenable lorsque les parties voisines forment autour de lui une saillie légère , molle , facile à déprimer et non douloureuse au toucher.' Lorsque , au contraire , ces parties sont le siège d’une tuméfaction renitente et violacée, accompagnée d’engourdis¬ sement, elles deviennent bientôt le siège de douleurs vives qui contraignent d’enlever le bandage ; car toute compression limitée , lors même qu’elle est peu considérable , devient bientôt insup¬ portable parles souffrances qu’elle détermine.

Il y a toutefois , ainsi qu’on le pense bien , une certaine lati¬ tude qui permet d’augmenter dans certains cas le degré de con- striclion. C’est ainsi que , sans dépasser les bornes posées par la délicatesse des tissus , on peut serrer davantage le bandage lorsque le malade doit être transféré dans un autre lieu, que quand il doit garder le repos. D’un autre côté , certaines circonstances exigent que l’ôn serre moins les bandages que l’on n’a coutume de le faire dans les cas ordinaires. Par exemple, ceux qui sont faits de toile , et surtout de toile neuve , et que l’on doit humecter après leur application , doivent être laissés un peu lâches , parce que l’action du liquide les resserre très-fortement ; on doit encore très-peu

>0 BANDAGE.

serrer les appareils , lorsque les parties sur lesquelles on les. applique sont très-douloureuses , ou lorsqu’elles doivent devenir- le siège d’un gonflement considérable qui rendrait les. bandages, relativement trop étroits , ainsi que cela .s'observe à suite des blessures ou des grandes plaies résultant des opérations chirur¬ gicales, quand le pansement a été fait dans les premiers instans. qui ont suivi la blessure ou l’opération.

Hippocrate veut que les bandages soient appliqués, avec . prom¬ ptitude et élégance.. La promptitude dans l’application des ban¬ dages est utile pour éviter au malade les inconvéuîens.d’üne po¬ sition incommode trop long— temps prolongée , et ceux de l’ex¬ position des parties pendant un trop long temps au contact de l’air. L’élégance , ou si l’on veut la régularité et la propreté, est utile au malade et au chirurgien.

;Un bandage régulier et propre plaît aux yeux, il donne plus de confiance an malade , qui se persuade qu’on a pris., sous ée- rapport tous les soins convenables pour assurer sa guérison. D’un, autre côté, un cbirurgieu qui applique bien un bandage et. qui le, fait avec aisance et facilité , donne de lui-une meilleure opinion , et cela avec quelque raison , car on ne peut acquérir cesrqualités. que par l’exercice et une longue habitude des soins les plus mi¬ nutieux. Toutefois, on sent que l'élégance et la régularité du. bandage ne sont que des qualités purement: accessoires , et qu’elles, doivent toujours être subordonnées à la solidité et à sûreté de son action , quand il a quelque indication importante à remplir.

Je ne décrirai en particulier aucun bandage , eu égard aux indications qu’ils peuvent rempb'r, puisque ce serait empiéter inutilement sur les articles Compression , Réunion , Plaies ,:etc. Le seul qui devrait trouver place ici parce qu’il remplit l’indi¬ cation la plus générale , est le bandage simple ou contentif. Mais ce bandage n’a aucune forme fixe ; il varie comme les parties, sur lesquelles on l’applique , et se compose de: tous. les bandages qui ne remplissent pas une indication spéciale. Il ne: me reste donc qu’à décrire parmi ceux-ci, ceux qui n’ayant pas de nom propre , ne peuvent pas être rangés ailleurs dans l’ordre alphabétique. Ge sont : le bandage de corps, le bandage de Galien , le bandage inguinal, le bandage carré , le bandage roulé, et le bandage en'ï .

Bandage de corps. Il sert de contentif à la plupart des appa¬ reils que l’on applique sur le tronc. ,

Pour le préparer , on se sert d’une serviette ou d’une; pièce de toile ayant la forme d’un parallélogramme , d’une longueur pro¬ portionnée à l’épaisseur du tronc qu’elle doit .entourer , et que

BANDAGE. it

Vou plie en deux ou en trois suivant sa largeur , de manière à ce qu’elle conserve une hauteur telle qu’elle dépasse légèrement en haut et en bas l’appareil ou la région qu’elle doit recouvrir. On attache à la partie moyenne de son bord supérieur le milieu d’une bande pliée sur elle-même , et qui doit servir de scapulaire. On applique le plein , c’est-à-dire le milieu du bandage à 1a. par¬ tie postérieure du tronc ; on ramène en avant les extrémités, on les croise, et on les fixe avec des épingles. Les deux extrémités du scapulaire sont ensuite ramenées elles-mêmes , en passant sur chaque épaule, à la partie antérieure du tronc on les croise pour les fixer avec des épingles , à la partie moyenne et antérieure du bandage. Le scapulaire est destiné à empêcher que le bandage ne descende. On peut au lieu de la bande pliée, ainsi qu’il vient d’être dit , se servir d’une bande simple qu’on fixe par ces deux extré¬ mités à la partie postérieure et à la partie antérieure du bandage , et que l’on fend vers son milieu pour laisser passer la tête ; mais la première manière est préférable. Si l’on craint -que le bandage ne remonte j on le fixe au moyen de sous-cuisses , c’est-à-dire de deux petites bandes qui, attachées en arrière et par une de leurs extrémités au bord inférieur du bandage , sont ramenées en avant et fixées à sa partie antérieure , après avoir passé entre la région périnéale et la partie supérieure et interne des cuisses.

Si l’on veut passer un bandage de corps autour d’un malade qui ne peut pas se remuer , il faut le faire soulever, et après avoir roulé une des extrémités du bandage sur elle-même jusqu’auprès de sa partie moyenne , le passer rapidement entre le dos du malade et son lit ; un aide , placé du côté opposé , saisit le chef qu’on lui présente , le déroule en effaçant les plis , en même temps que l’on place les chefs du scapulaire sur les épaules ; après quoi on laisse reposer le malade , et l’on termine le pansement comme ci- dessus. Si dans les mêmes circonstances il s’agit seulement de renouveler le bandage de corps, après avoir détaché d’abord les sous-cuisses et le scapulaire , il faut fixer au moyen d’épingles l’ex¬ trémité du bandage que l’on veut placer à celle du bandage que l’on veut ôter, et faire tirer alors ce bandage par un aide placé du côté opposé, tandis quele chirurgien efface les plis de eeluiqu’il entraîne après lui , à mesure qu’il s’engage sous le tronc du malade.

Bandage de Galien. C’est un très-bon contentif des appareils que l’on place sur les plaies de la tête.

On le prépare avec une pièce de toile longue d’une demi-aune, d’une largeur égale à l’étendue de la ligue qui s’étend de la ra—

îa BANDAGE.

dont on fend chaque extrémité en trois ehefs , de manière à ne conserver qu’un milieu ou plein d’environ six pouces. Le bandage ainsi préparé représente trois bandelettes réunies par leur partie moyenne. Il est bon que la bandelette moyenne soit un peu plus large que les deux autres. Les choses étant ainsi préparées , on replie la bandelette postérieure sur la moyenne et on en relève les chefs ; on replie ensuite la bandelette antérieure sur la posté¬ rieure, et on en relève également les chefs; la bandelette moyenne se trouve seule libre. On l’applique par son milieu sur le sommet de la tâte ; les chefs en viennent naturellement pendre jusqu’au des¬ sous du menton , on les noue ; on rabat ensuite la bandelette antérieure et la postérieure ; les chefs de cette dernière sont ra¬ menés d’arrière en avant et fixés sur le front; les chefs de. l’autre seront ramenés d’avant en arrière sur l’occiput , et les uns et les autres sont croisés et fixés avec des épingles.

Bandage inguinal ou triangulaire. Il sert de contentif aux appareils que l’on place sur la région inguinale.

On le prépare avec une pièce de toile haute d’environ huit à dix pouces et à laquelle on donne la forme d’un triangle rectan¬ gle, à chacun des angles duquel est attachée une bande d’une aune ; le bord oblique présente une boutonnière à sa partie moyenne. Pour appliquer ce bandage , on place en haut sa base , et son bord droit en dedans ; on noue autour du corps les deux bandes qui partent des angles qui terminent la base : l’autre bande , partant de l’angle inférieur, est conduite en arrière de la cuisse et vient passer dans la boutonnière du bord externe ; on la renverse alors pour la reconduire derrière la cuisse , puis autour de ce membre, elle forme des circonvolutions, jusqu’à ce qu’elle soit presque entièrement épuisée ; alors on fixe son extrémité par un nœud à quelqu’une de ses circonvolutions précédentes , ou à l’une des deux bandes qui sont placées autour du corps.

Bandage carré . C’est un bon contentif des appareils appli¬ qués à la partie supérieure de la cuisse.

On le prépare avec une pièce de toile de huit pouces environ de hauteur et de largeur, et carrée, à chacun des quatre angles de laquelle est attachée une bande.

Pour l’appliquer on fixe deux de ces bandes autour du bassin et les deux autres autour de la cuisse.

Bandage roulé. C’est le contentif le plus ordinaire , non- seulement des appareils que l’on applique aux membres , mais encore à la tête et au tronc. On le fait avec des bandes de dimensions proportionnées à l’étendue et’ à la forme des parties..

BANDAGE. ' i3

Pour l’appliquer le chirurgien prend un.e Lande roulée à un seul globe ou cylindre , et, placé au côté externe du membre , il fixe de la main gauche le chef de cette bande vers le côté de la partie op¬ posé à la maladie , tandis que la main droite , tenant ce cylindre entre le pouce et l’indicateur appuyés sur ses extrémités , le dé¬ roule, en le conduisant à la partie externe du membre , à sa partie antérieure, à sa partie interne, et ainsi de suite, jusqu’à ce que le chef de la bande soit recouvert et fixé : de ce premier tour dé¬ pend toute la solidité du bandage. Un second , et , s’il le faut, un troisième tour , assurent la solidité du premier.

Quelquefois la partie, ou l’appareil, étant très-peu étendue en hauteur, la bande s’épuise en tours semblables à ceux-ci, et ils constituent le bandage circulaire ; mais le plus souvent on doit recouvrir une plus grande étendue ; alors les tours de bande de¬ viennent obliques ; on les continue jusqu’à ce que toute la partie soit recouverte , et l’on termine par deux ou trois tours circulaires comme les premiers ; après quoi l’on fixe le chef de la bande avec une épingle.

Lorsque l’on n’a besoin que d’exercer la contention la plus simple possible , les tours obliques' de la bande peuvent ne pas se toucher ; le besoin d’une action plus énergique exige que les jets de bande se touchent presque par leurs bord , ( bandage rampant ou en spirale) ; enfin, quand on veut exercer l’action la plus effi¬ cace et la plus régulière possible , les tours de bande se recouvrent successivement du tiers, de la moitié, ou des deux tiers de leur largeur, et forment ainsi des doloires ouverts du côté opposé à celui vers lequel procède le bandage.

Il est de la plus haute importance que la constriction exercée par les tours de bande aille successivement en décroissant de la partie inférieure à la partie supérieure du membre , et que les jets de bande soient appliqués à plat, autant que faire se peut, afin qu’un de leurs bords ne comprime pas plus que l’autre. Si , au mi¬ lieu du bandage , un jet de bande se trouve_ plus serré que les au¬ tres , ou si un jet de bande , tournant autour d’une partie conique, forme, par un de ses bords , un godet, tandis que l’autre se- trouve fortement tendu , il en résultera une pression douloureuse au point correspondant , du gonflement et de la douleur dépendant de la stase 'du sang dans les parties situées au-dessous : de le précepte d’appliquer le bandage roulé le plus également possible , et même de commencer ce bandage vers la partie la plus inférieure du membre toutes les fois que , par des raisons quelconques , il devra être quelque peu serré : de encore le précepte de faire dispa—

x4 BANDAGE.

raître les godets par des renversés. Pour faire ceux-ci, il faut avoir le soiu de ne dérouler que très-peu de la bande, et, après avoir fixé avec l’indicateur de la main gauche le bord du jet , ren¬ verser le cylindre tenu de la main droite sur lui-même, de ma¬ nière que la face profonde de la bande devienne superficielle et son bord supérieur inférieur, et vice versa. On continue ces ren¬ versés tant que la partie reste conique , et de manière à ce qu’ils forment un spica régulier : on doit seulement avoir le soin de faire cet épi vers la partie du membre opposée à la maladie, parce que, quel que précaution que l’on prenne, il exerce une pression moins égale que celle des tours de bande ordinaires.

Bandage en T. On le fait avec deux bandes, dont l’une , qui est verticale , est cousue perpendiculairement par son extrémité à la partie moyenne de l’autre, qui est horizontale ; c’est ce qui constitue le T simple. Si la bande verticale est fendue en deux chefs , le T est double.

On applique les bandages en T sur plusieurs parties du corps :

i°. A la tête , dans les maladies de l’oreille. Pour l’appliquer ou ; tourne en haut la bande verticale ; on applique le plein du ban¬ dage sur l’appareil, et on dirige en avant et en arrière, jusque vers l’oreille opposée , les deux chefs de la bande horizontale. Ou conduit alors .en haut les deux chefs de la bande verticale ; on les croise sur le sommet de la tête , et on les ramène jusqu’à la région auriculaire du côté opposé ; on croise alors sur eux les deux chefs de la bande horizontale ; pour les fixer, on les renverse de bas en haut pour les ramener vers leur point de départ, tandis que les chefs de la bande horizontale, ramenés par le front et l’occiput jusque vers l’oreille malade , servent de nouveau à les fixer : on attache le tout avec des épingles.

T du nez. On tourne en haut les chefs de la bande verticale ; on applique au-dessous du nez le plein de la bande horizontale , dont les chefs sont conduits à la nuque en passant sous les oreilles ; on les croise en cet endroit sur les chefs de la bande verticale qui y ont été conduits après avoir été croisés sur la racine du nez , et après avoir passé sur les régions pariétales ; puis on les ramène, en passant pardessus les oreilles , jusque sur le front , on les fixe avec des épingles. Les chefs de la bande verticale, renversés d’avant en arrière , sont également ramenés vers le front et fixés de la même manière.

T du périnée. On tourne en bas la bande verticale; on ap¬ plique le plein de la bande horizontale sur la partie supérieure de la région sacrée, et les chefs en sont noués autour du tronc. On

BARDANE. 45

ramène alors en avant les chefs de la bande verticale en les fai¬ sant passer de chaque côté du scrotum ; après quoi on les; fixe à la bande qui sert de ceinture. ( L.-J. Sanson. )

BANDELETTES. V oyez âgglütinatif.

BARDANE. Herbe aux teigneux. Glouteron. Arctium lappa , Synanthérées, Joss. Syngénésie égale , Linn. La bardane est une qilante très-commune et qui croît spontanément dans les bois et les lieux incultes. Sa racine , qui est la partie la plus employée , est longue, cylindrique, rameuse, noire au dehors et blanche en Redans. I Coupée en travers , elle présente une structure spon¬ gieuse et une disposition orbiculée. Elle n’a ni odeur ni saveur ■bién marquée ; même dans beaucoup d’endroits on la fait cuire et Ton s’en sert comme d’aliment : et , remarquez que c’est la bardane sauvage telle qu’on l’emploie en matière médicale , qui est appli¬ quée à ces usages économiques , et non pas la plante adoucie et modifiée dans sa composition au moyen de la culture. L’analyse chimique n’y révèle aucun principe actif, dont lespropriélés phy¬ siques n’auraient pas indiqué l’existence; ce qui d’ailleurs serait con¬ traire à toute observation ; car on-n’a peut-être pas d’exemple d’une plante insipide et inodore qui jouisse de propriétés énergiques. M. Guibourt , dont l’exactitude est connue , n’y a rien trouvé de plus que de l’amidon en grande quantité, de l’inuline , de l’ex¬ tractif, des sels à base dépotasse , et principalement du nitrate.

i D’après ce qui précède , il est facile de concevoir que la bardane ne saurait avoir de grands effets sur l’économie animale , surtout lorsqu’on l’administre à faible dose , comme cela se fait d’ordi¬ naire ; et l’expérience faite sans prévention , vient confirmer cette idée. Gomment donc s’expliquer les propriétés sudorifiques et diurétiques que lui attribuent les auteurs anciens , et les effets merveilleux qu’ils en obtenaient dans les maladies delà peau, où, jusqu’à nos jours , elle a été conseillée et prescrite avec un res¬ pect religieux pour les traditions? Cependant, à différentes époques, les bons esprits s’élevèrent contre cette fâcheuse crédulité, et prouvèrent, par l’expérience et le raisonnement, que la bardane était une substance insignifiante , dont les bons effets apparens de- vaientêtre rapportés au temps, au régime et aux médications diverses dont on l’accompagnait. Cullen nie positivement sa vertu sudori¬ fique , de même que Barbier d’Amiens : et tous deux attribuent la sueur , quand il s’en manifeste durant l’usage de la tisane de bardane , à l’ingestion d’une certaine quantité d’eau chaude, ou à lelévation de la température ambiante. Ainsi, par exemple, en Pologne Ton guérit la syphilis par ce seul moyen , on y ajoute

i6 BARDANE.

des bains de fumier , gui ne sont pas sans 'une certaine efficacité , tant par la chaleur dont ils sont pourvus , que par les molécules ammoniacales qu’ils fournissent à l’absorption. Prise dans les mêmes circonstances, toute autre tisane amylacée et faiblement nitrée, et l’eau pure elle— même , ne pourraient-elles pas avoir le même résultat ? C’est probablement de la même façon qu’elle a pu être utile dans le traitement de la goutte et du rhumatisme , et mériter les éloges que lui donne un médecin anglais , auquel elle a rendu des services personnels.

On en peut dire autant de la propriété diurétique; en la recon¬ naissant même au nitrate de potasse, n’est-il pas évident, comme le dit M. Barbier qui partage en cela l’opinion de Desbois de Ro- chefort, que la très-petite quantité de ce sel , que peut céder à la décoction la racine de bardane, ne saurai tavoir d’action ? A moins qu’on n’admette , avec quelques auteurs , que le nitre est d’au¬ tant plus diurétique qu’on l’administre à plus faible dose et dans un véhicule plus abondant ce qui signifie, en d’autres termes, qu’un véhicule aqueux abondant est la condition la plus favo¬ rable pour provoquer une supersécrétion d’urine.

Restent donc les vertus dépuratives , vantées contre les mala¬ dies de la peau , et qui ont valu à la bardane le nom à’ herbe aux teigneux. M. Alibert dit n’eu avoir retiré aucun avantage mar¬ qué , et la considère comme un moyen sur lequel on doit peu compter ; ce qui , d’ailleufs , confirme cette opinion , c’est ce qu’en disent ses partisans , savoir , qu’elle n’agit que lentement.

Les semences un peu âcres et amères , mais ayant d’ailleurs des propriétés aussi peu prononcées que celles de la racine, ont été considérées comme purgatives par Decandolle ; si elles le sont, c’est à un bien faible degré. Enfin, les feuilles, pilées et appliquées en cataplasme , ne font qu’un cataplasme émollient qui peut être aussi utile qu’un autre , dans la teigne ou tout autre affection cu¬ tanée , mais que tout autre peut remplacer sans qu’on ait à regret¬ ter aucune action particulière. L’onguent que feu Percy prépa- 1 ait avec parties égales de suc exprimé de feuilles de bardane et d’huile , peut être apprécié de la même manière , et nous ne sau¬ rions croire que l’illustre professeur l’ait jamais envisagé au¬ trement.

Le mode d’administration de la racine de bardane est simple. C’est la décoction d’une à quatre onces dans un litre d’eau. C’est la méthode la plus usitée , et peut-être même la seule qu’on emploie encore. On a renoncé à la poudre dont on donnait jadis

BARIUM. 17

dose était de quinze à treiite-six grains , et qu’on aurait pu por¬ ter quatre fois plus loin , sans avoir à redouter le plus léger acci¬ dent. Quant aux semences et au suc exprimé des feuilles , ils sont encore plus complètement abandonnés. (F. Ratier.)

BARIUM et ses composés , envisagés sous le rapport médico- légal. Le barium a été obtenu jusqu’alors en trop petite quan¬ tité pour être devenu la source d’empoisonnemens. Il n’est pas vénéneux par lui-même , mais il le devient aussitôt qu’il a le contact de l’eau ou de l’air. Les composés qu’il fournit possèdent tous des propriétés énergiques.

Barium. Métal solide, très-brillant, très-ductile, s’oxidant à l’air en peu d’instans ; se transformant dans l’eau en hydrate de protoxide de barium (baryte).

Baryte ( protoxide de barium hydraté ). Solide, grise ou blanche , suivant qu’elle n’est pas ou qu’elle est délitée ; soluble dans l’eau ; sa dissolution verdissant le sirop de violettes , préci¬ pitant en blanc par un courant d’acide carbonique ( précipité de sous-carbonate de baryte , difficilement soluble dans un excès de cet acide ; soluble avec effervescence dans l’acide nitrique) . L’acide sulfurique , les sulfates de potasse ou de soude y font naître un dépôt de sulfate de baryte, insoluble dans l’eau et dans l’acide nitrique. Ce dépôt ne se dissout pas sensiblement , quelle que soit la quantité d’eau qu’on y ajoute , Ce qui distingue le sulfate de baryte du sulfate de strontiane , et par conséquent les deux alcalis l’un de l’autre.

La baryte solide, mêlée à du vin , le trouble et le décolore, si cet alcali a été ajouté en assez grande quantité. La dissolution de baryte versée dans ce liquide le trouble plus ou moins en raison des sulfates que le vin renferme ; elle le décolore incomplètement. Dans les deux cas , le vin prend une teinte bleuâtre. Ana¬ lyse. Filtrer le vin de manière à recueillir le dépôt ; décolorer la liqueur par le charbon animal , si elle renferme encore trop de matière colorante , et la traiter ensuite par l’acide carbonique , l’acide sulfurique et les sulfates solubles , comme je l’ai dit à l’occasion de la baryte pure. Quant au dépôt, il faut Je calciner dans un creuset avec du charbon à une haute température ; le résidu ( sulfure de barium ) sera dissous dans l’eau , transformé en nitrate de baryte par l’addition d’acide nitrique ; il se formera un dépôt de soufre et il se dégagera de l’hydrogène sulfuré. La liqueur filtrée offrira tous les caractères des sels de baryte , et si on la fait cristalliser, les cristaux décomposés par la chaleur seule fourniront de la baryte pure.

DICT. DE MED. PKAT. - T. IV. P

iS BARIUM.

Baryte mêlée à du lait. -Une dissolution concentrée debaryté versée dans du lait, le rend- plus fluide,, mais un pareil hvélangfe peut encore être, donné pour du lait. Il est difficile d’y constat et’ la, présence de ce poison si l’on ne s’est débarrassé de matièrfe animale. L’alcool, ne remplit qu’iniparfaitement cet objet , ainsi que je le démontrerai à l’article Eau de javelle. Il n’en est pas de même du moyen suivant, qui m’a toujours réussi* ét que l’on peut appliquer non-seulement à la baryte , mais encore à tous les alcalis. Constater que le lait est alcalin, à l’aide du sirop de violettes , ou mieux encore avec un papier de tournesol , rougi par un acide faible ; élever un peu la température du lait ; y faire passer un courant de chlore gazeux. Au bout de quelques instans, la matière animale se coagule et formé des gru¬ meaux qui nagent au milieu d’une liqueur très-limpide. C’est lorsque le mélange est arrivé à ce point qu’on le jette sur le filtre; le liquide passe avec une rapidité extrême, il est limpide, inco¬ lore, analogue, en un mot, à de l’eau distillée. On traite cette liqueur par l’acide sulfurique , les sulfates solubles, comme je l’ai dit à l’article Baryte, et l’on obtient les mêmes résultats. Je dois prévenir qu’un courant de gaz acide carbonique ne fait naître qu’un dépôt peu abondant et seulement après quelques instans. Probablementla baryte est en partie transformée en hydrochlorate, surtout quand pour, obtenir le chlore, on se sert de peroxide de manganèse et d’acide hydrochlorique..

M. Orfila conseille , dans le cas dont il s’agit, de traiter la li¬ queur animale qui tient ce poison en dissolution par du sous-car¬ bonate d’ammoniaque ; de recueillir le précipité de sous-carbonate de baryte qui se forme et de le calciner avec du charbon pour obtenir de la baryte.

Ce procédé employé pour le mélange de baryte et de lait pré¬ sente les , inconvéniens suivans : lorsqu’on ajoute le sous-car¬ bonate d’ammoniaque il ne se produit pas de précipité apparent, la liqueur prend seulement une couleur blanche plus intense ; 20 si on l’abandonne à elle-même, il ne s’y forme pas de dépôt bien sensible , même au bout de plusieurs heures , ce qui tient k ce que le sous-carbonate de baryte obtenu, étant très- divisé, est tenu en suspension parla matière animale du lait; 3" si l’on filtre la liqueur , elle passe très-lentement , et sur le filtre il reste du sous-earbo,nate de baryte mêlé à la matière caséeuse du lait ; vient-on à calciner ce précipité avec du charbon , ce n’est qu’au bout d’un temps très— long et d’un feu soutenu que l’on opère la décomposition du carbonate de baryte. Encore UDe partie

BARIUM. i9

plus ou moins considérable échappe-t-elle souvent à la décom¬ position , car le résidu de la calcination , épuisé d’abord par l’eau , puis traité par l’acide nitrique , fournit deux liqueurs qui toutes deux contièiiuént de la baryte.

La marche que j’ai proposée pour découvrir la baryte mêlée à du lait, devrait être adoptée dans les cas ce poison serait in¬ corporé à toute autre liqueur animale. Si ces liqueurs contenaient des dépôts blancs , soit de carbonate de baryte , soit de sulfate, il faudrait les recueillir , lés traiter par le charbon à une haute température, et agir sur le produit de la calcination , pour le cas le dépôt serait un sulfate, comme je l’ai dit à l’article Baryte mêlée à du vin; et pour celui il serait un carbonate, comme l’a conseillé M. Orfilâ.

Hydrochlorate de baryte. Sel solide, blanc, cristallisé, ne ver¬ dissant pas le sirop de violettes , dégageant des vapeurs blanches épaisses quand on le traite à sec par l’acide sulfurique , soluble dans l’eau ; sa dissolution précipitant en blanc le nitrate d’argent , précipité (chlorure d’argent), caillebotté , lourd , insoluble dans l’eau, dans l’acide nitrique, soluble dans l’ammoniaque. L’acide sulfurique , les sulfates de soude et de potasse y font naître un dépôt blanc (sulfate de baryte) , insoluble dans l’eau et l’acide nitrique. Une portion de liqueur , traitée par du sulfate de soude jusqu’à ce qu’elle ne se trouble plus ni par ce réactif, ni par l’acide sulfu¬ rique, ne fournit pas de précipité quand on y ajoute du sous- carbonate de potasse. L’bydrochlorate de baryte ne se dissout pas dans l’alcool , et par conséquent ne colore pas en pourpre la flamme qui résulte de combustion.

Ces caractères sont encore applicables ù une dissolution fort étendue.

Mêlé à du vin, l’hydrocblorate de baryte le trouble légèrement en raison des sulfates que le vin renfermer L’analyse en doit être faite comme je l’ai dit à l’article Baryte mêlée à du vin ; toutefois l’emploi du gaz acide carbonique devient un réactif inutile. Le nitrate d’argent doit au contraire être employé-, mais il faut ap¬ porter la plus grande réserve , lorsqu’il s’agit de spécifier si c’est de la baryte ou de l’hydrochlorate de baryte qui a été mêlé à ce liquide, attendu que presque tous les vins précipitent parle ni¬ trate d’argent , et que l’abondance du précipité peut seule établir des présomptions. Il importe peu d’ailleurs que ce soit l’un ou l’autre de ces poisons , ils agissent avec autant d’énergie ; ce qui est nécessaire c’est d’établir qu’un composé de ce genre existait dans la liqueur.

2,o BARIUM.

Tout ce que j’ai (lit à l’égard de la baryte mêlée à du lait ou à d’autres liqueurs animales peut être appliqué à l’hydrochlorate de

“baryte.

En résumé , lorsqu’il s’agit de constater la présence de la baryte oudel’bydrochloratedebaryle contenu dans l’estomac, onrecueille les liquides que ce viscère contient, on les met dans un vase transpa¬ rent; on examine s’il se forme un dépôt; si la liqueur verdit le sirop de violettes ou rougit la teinture de tournesol; on lave les parois de l’estomac avec de l’eau distillée et on peut sans inconvénient réunir l’eau de lavage à la liqueur première. On filtre le tout , on traite la liqueur filtrée par les réactifs , si elle est limpide ; on y fait passer un courant de chlore dans le cas contraire , et l’on fait agir sur elle les réactifs ou de la baryte , ou de l’hydrochlorate de baryte ; que s’il s’était formé un dépôt on devrait le calciner isolé¬ ment avec du charbon , et alors on obtiendrait , soit de la baryte , si le dépôt était un carbonate , circonstance qui se remontrera rare¬ ment, soit du sulfure de barium que l’on traitera par l’eau , puis par l’acide nitrique , afin d’obtenir un nitrate de baryte dont on constaterait les caractères. Si ces recherches avaient été infruc¬ tueuses on pourrait calciner les parois de l’estomac comme l’a con¬ seillé M. Orfila , et agir sur le résidu de la calcination comme ci- dessus , ou bien dissoudre les parois de cet organe dans une capsule de porcelaine en ajoutant sur elles , et portions par portions , de l’acide hydrochlorique. Lorsque la dissolution serait complète , on concentrerait.la liqueur jusqu’à consistance sirupeuse et on l’éten¬ drait d’eau. On y ferait passer un courant de chlore pour enlever la matière animale , et on agirait ensuite sur le liquide filtré à l’aide des réactifs de la baryte et de l’hydrochlorate de baryte. Je revien¬ drai , à l’article CuivaE , sur ce procédé qui m’a réussi dans la re¬ cherche de plusieurs poisons.

Toutes les préparations de barium sont vénéneuses , mais on ne connaît qu’un, petit nombre d’exemples d’empoisonnemens par ces substances. Des expériences ont été faites par MM. Brodie et Orfila. lien résulte : que l’hydrochlorate de baryte , injecté dans les1 veines à la dose de quelques grains , donne la mort dans l’espace de cinq à six minutes ; qu’introduit dans l’estomac des chiens ou des lapins à la dose d’un gros , l’œsophage lié ou non lié , il les fait périr en moins d’une heure ; qu’appliqué sur une plaie , ou in¬ jecté dans le tissu cellulaire, à la même dose, il donne la mort dans l’espace de deux à trois heures.

De quelque manière que l’empoisonnement ait eu lieu , on ob¬ servé à peu près les mèmès symptômes. Us peuvent être réduits

BARIUM. £t

auxsuivans : aussitôt l’ingestion du poison dans l'estomac, nau¬ sées, vomissemens accompagnés de violens efforts, vertiges, in¬ sensibilité, état d’affaissement, puis mouvemens convulsifs par¬ tiels ou généraux ; les secousses sont souvent si fortes que l’animal fait des sauts brusques que l’on a comparés à ceux des grenouilles soumises à l’action d’une forte pile galvanique. Ces convulsions cèdent pendant quelques secondes, pour reparaître avec plus d’intensité ; les battemens du coeur sont extrêmement fréquens ; la respiration est momentanément suspendue ; les pupilles sont di¬ latées; l’auimal tombe bientôt dans un état complet d’immobilité et d’insensibilité, puis il succombe. Quelquefois des paralysies partielles se manifestent. On a constamment trouvé des traces d’une inflammation intense de la partie avec laquelle le poison a été mis en contact , mais jamais de lésions qui pussent annoncer qu’une action caustique avait eu lieu. Il eût été peut-être im¬ portant de constater l’état des centres nerveux et de leurs enve¬ loppes. On peut donc conclure de ces recherches que l’hydro— chlorate de baryte agit comme irritant de la partie sur laquelle il.' est appliqué ; qu’il est absorbé et qu’il exerce une action exci¬ tante extrêmement vive sur le cerveau et principalement sur la moelle épinière ; qu’il peut donner la mort à une dose très-faible de quelque manière qu’il ait été administré.

Quant àla baryte , elle a été donnée aux animaux à l’état solide et à la dose d’un demi-gros ou d’un gros ; elle a produit les mêmes accidens en agissant toutefois plus directement sur l’estomac , en vertu de ses propriétés caustiques. Le carbonate de baryte paraît produire les mêmes effets malgré son insolubilité.

Traitement. M. Orfila, ayant égard à l’insolubilité du sulfate de baryte , a proposé les sulfates de potasse , de soude ou de ma¬ gnésie, comme centre-poisons du barium et de ses composés. Il a expérimenté ces antidotes. Un chien qui avait avalé deux gros d’hydrochlorate de baryte ne succomba qu’au bout de trente-cinq heures, parce qu’on lui avait fait prendre deux onces de sulfaté de soude, dissous dans quatre onces d’eau. Son existence a été prolongée , puisqu’il eût évidemment péri au bout d’une heure, la grande quantité de sulfate de baryte qui s’est formée , peut-elle être considérée comme n’ayant exercé aucune action sur l’animal en vertu de son insolubilité? Je ne le pense pas, car le sous-car¬ bonate de baryte est plus insoluble , e{ il agit comme vénéneux , puisqu’il empoisonne les chiens à la dose d’un gros, et qu’il les fait périr eh six heures. Mais c’est déjà une circonstance favorable pour un poison qui peut être absorbé , que pouvoir le transformer

aa BARYTE.

en une substance insoluble. Les sulfates de potasse, de soude, de magnésie , l’eau de puits devront donc être employés ; mais il faudra surtout s’attacher à opérer le vomissement afin d’évacuer et le poison, et le produit desa décomposition. Les antiphlogistiques et les narcotiques seront ensuite employés pour calmer l’irritation générale et locale. (Alph. Devergie.)

BARYTE ( thérapeutique ). On a essayé d’utiliser en médecine les propriétés très-énergiques de l’oxyde et de l’hydroehlorate de baryte. Cependant, soit que des accidens graves aient plus que balancé les bons résultats qu’on en avait espérés , soit même , peut-être , qu’on n’en ait pas obtenu de succès bien constatés , les préparations de baryte , après avoir joui d’une vogue pas¬ sagère , sont bientôt rentrées dans l’obscurité d’où le docteur Crawfort les avait tirées il y a quelques années , et ne sont plus autant en usage. C’est donc moins pour engager les praticiens à revenir à son emploi, que pour signaler les dangers de la pré¬ vention et d’une expérimentation peu attentive , que nous allons nous en occuper ici.

L’oxyde de barium est très-vénéneux de même que la plupart de ses composés ; il agit comme un caustique violent sur les tissus orga¬ niques avec lesquels il se trouve en contact, et, de plus, il s’in¬ troduit dans les vaisseaux , et détermine des accidens très-graves attestant une action funeste sur le système nerveux. Bien que cette manière d’agir dût peu engager à faire entrer cet agent dans la thérapeutique, on l’a proposé pour remplacer la pierre à cau¬ tère. On y a renoncé , avec raison, eu égard à ce qu’il est facilement absorbé ; sans compter que la pierre à cautère , remplissant par¬ faitement bien le but qu’on s’en proposait , et n’étant ni rare ni chère , il était à peu près superflu de lui chercher un succé¬ dané. On a employé contre les dartres , et à l’extérieur , sa solu¬ tion saturée mêlée à l’huile : mais, en supposant que ce moyen ait réussi, ne peut-on pas expliquer ses bons résultats par une cautérisation pratiquée à propos, et dont l’action était toute lo¬ cale, parce que l’huile est peu favorable à l’absorption?

Divers sels de baryte ont été également introduits dans la ma¬ tière médicale ; ce sont le sous-carbonate , le nitrate et le méco- nate , ce dernier a été conseillé par Bremser comme un puissant vermifuge ; mais celui de tous qui a été le plus usité c’est l’hydro- chlorate; c’est aussi le plus vénéneux. Son action est des plus promptes et des plus énergiques; il détermine les phénomènes propres aux empoisonnemens par les poisons acres; un sentiment de brfdure, des voinissemens, des convulsions. Appliqué sur la

BARYTE. ;t3

peau, ilia cautérise plus ou moins profondément. Après la mort on. trouve le sang coagulé , et le cœur dépourvu de son irrita¬ bilité. Une dose légère de ce sel suffit pour produire tous ces ‘dé¬ sordres.

On concevrait qu’on ait trouvé dans ces résultats des motifs pour appliquer l’bydrochlorate de baryte au traitement des ma¬ ladies scrofuleuses , en les considérant comme atoniques et ré¬ clamant l’emploi de stimulons actifs. Il paraît d’ailleurs que c’est sa saveur très-amère qui l’a fait recommander dans ces affections, à une époque ou les' amers y étaient fort employés et l’on en cherchait sans cesse de plus actifs que ceux usités communément. Ou comprend bien qu’on l’ait signalé comme irritant, peut-être mèmecomme résolutif, diaphorétique et diurétique; mais, à coup sur, on ne s’attendait pas à le voir indiquer comme réfrigérant. Il y .a de quq,i être surpris en lisant la nomenclature des maladies contre lesquelles l’hydrocblorate de baryte a été çonseillé ; et , lors¬ qu’on vient à lire les. observations sont consignées ses merveil¬ leux effets, on trouve, tantôt des narrations incomplètes, et qui ne sauraient fournir aucune preuve pour ou contre l’emploi de ce mé¬ dicament; tantôt des histoires dans le quelles les maladies sont vicieusement dénommées , et dans lesquelles il n’y' avait aucun motif pour administrer ce médicament , au lieu de. tout autre , ou bien dans lesquelles l’amélioration a été le résultat du temps et des médications concomitantes , parce que les doses de l’hvdro— chlorate de baryte étaient trop faibles pour avoir quelque action.' Plus souvent enfin , on est à même de constater dés affections plus ou moins graves produites par l’usage du médicament.

..Que sert-il de dire après cela que l’hydrochlorate de baryte a été essayé dans les serophules et les affections qui s’y lient , telles que les ophthalmies , les ulcères ; dans le carreau , rachitisme, le cancer , la phthisie pulmonaire, les affections mu¬ queuses des poumons et' de l’estomac , les obstructions du foie , la syphilis et les vers intestinaux ? A quoi bon nommer les médecins qui,, après l’avoir expérimenté , ont été détournés d’y avoir de imuyeau-Eecqurs , par les insuccès ou par les résultats malheureux qu’ils en ont obtenus? Toujours est-il que personne jusqu’à pré¬ sent, n’a trouvé , dans ce dangereux médicament les qualités dont sççinventenrs l’avaient: gratifié un peu trop légèrement. Il est bien raçe, en effet, que ces, brillantes espérances ne soient pas com¬ plètement .déçues , et que le praticien qui attendait une nouvelle rpsSource çpntqe une maladie dangereuse ne. soit pas jiéniblemënt 4ésabusé.

24 BASSIN.

D’après la disposition générale des esprits, et l’éloignement qu’on témoigne pour ces poisons dont on à encombré la matière médicale , il est peu probable qu’on revienne à l’emploi de l’hydro- cblorate de baryte. Cependant , si quelqu’un voulait expérimenter lui-même , et chercher s’il ne serait pas possible d’éviter les acci— dens et d’arriver à d’heureuses applications , qu’il sache qu’une grande prudence est nécessaire pour manier cette substance ; qu’on ne doit la donner que suspendue dans un liquide mucîlagineux, en ayant soin d’en fractionner beaucoup les doses, et de ne les augmenter que graduellement ; enfin, qu’on doit toujours avoir l’oeil ouvert sur l’état des voies digestives et du système nerveux , pour suspendre avant qu’il n’ait pu survenir des accidens réels. Il faut éviter de le combiner avec d’autres médicamens, si l’on veut bien apprécier ses résultats ; il faut également s’abstenir de le donner avec des substances propres à lui faire subir une dé¬ composition chimique. Cette décomposition , d’ailleurs , ne ferait que ramener l’hydrochlorate à l’état d’oxide métallique, sub¬ stance non moins vénéneusë ; aussi cette observation n’est— elle faite que pour l’exactitude scientifique de l’expérience , afin qu’on n’attribue pas à l’hydro-chlorate de baryte les résultats qui ap¬ partiendraient à l’oxide de barium. (F. Ratier.)

BASILICUM. Voyez Onguent basiiicum.

BASSIN, Pelvis , coxœ (obstétrique), cavité osseuse qui loge les organes génitaux internes, le rectum, la vessie , et livre passage , lors de l’accouchement , au produit de la conception.

Supporté par les membres inférieurs , le bassin sert de base au rachis : conoïde , élargi en travers , sa partie la plus évasée , tournéë à la fois en avant et en haut , forme les hanches ; sa partie. la plus étroite, dirigée en bas et arrière, fait la croupe, et .l’angle rentrant qu’elle compose avec la colonne lombaire, dirigée en sens inverse , constitue la chute des reins. Cet angle , plus prononcé chez la femme , dont les hanches sont aussi plus larges que chez l’homme , indique au premier coup d’œil une grande différence d’inclinaison et d’ampleur ; mais nous ne pous¬ serons pas plus loin ce parallèle , le bassin de l’homme ne devant point nous occuper ici.

Quatre os , les deu sicoxaux , le sacrum et le coccyx, composent le bassin et sont unis entre eux par des ligamens solides : de là, trois symphyses , deux latérales et postérieures ou sacro-iliaques , une médiane antérieure ou pubienne, auxquelles il faut joindre , pour compléter l’énoncé des articulations intrinsèques du bassin , l’amphiarthrose qui unit le sacrum au coccyx , et les diverses

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pièces , ou fausses vertèbres , de ce dernier os entre elles. Celles du sacrum sont soudées dans l’âge adulte , comme aussi les trois pièces principales qui constituent d’abord l’os coxal, et auxquelles on conserve souvent le nom particulier que les anciens avaient attaché à chacune d’elles : Y ilium est la partie la plus large et la plus élevée; le pubis, la plus antérieure'; Y ischion, la plus

Une plus ample description serait ici déplacée ; exposons seu¬ lement en peu de mots les détails directement applicables à la pratique des accouchemens ; ils se rapportent tous à Y excavation ■pelvienne.

On nomme ainsi la moitié inférieure du bassin, celle que composent les pubis , les ischions , le sacrum et le coccyx. Cette moitié , nommée aussi petit bassin , est une portion de cylindre courbe à concavité antérieure , et coupée fort obliquement à ses deux extrémités par deux plans qui convergeraient en avant l’un vers l’autre : d’où il résulte que la paroi antérieure est fort courte, postérieure beaucoup plus longue , et les latérales intermédiaires. En outre, l’excavation pelvienne est plus large d’un côté à l’autre dans sa partie supérieure , d’avant en arrière dans l’inférieure : il suit de que la paroi antérieure et la postérieure s’écartent et que les latérales se rapprochent à me¬ sure qu’elles descendent. En se rapprochant ainsi , les parois laté¬ rales séparent deux plans inclinés , un antérieur et un postérieur de chaque côté , plans dont l’épine sciatique est le point de départ et qui conduisent en avant dans l’arcade pubienne , en arrière dans la concavité du sacrum.

Les deux extrémités ou bords du petit bassin sont aussi dignes d’une attention spéciale; on les nomme détroits.

he supérieur ou abdominal sépare l’excavation, du bassin su¬ périeur ou. grand bassin : il comprend , la saillie médiane du sacrum qui , réunie à celle du corps de la dernière vertèbre lom¬ baire, donne Y angle ou promontoire sacro-vertébral;?? un pli saillant commencé sur les parties latérales de la base du sacrum , prolongé sur la face interne des os coxaux et continus ; 3“ le bord supérieur des pubis. Çe détroit est à peu près elliptique, quelque¬ fois presque circulaire , plus souvent en forme de cœur ; mais toujours c’est en travers qu’il a les dimensions les plus grandes , même chez la plupart des filles d’un très-bas âge.

Le détroit inférieur ou périnéal est au contraire plus étendu dans le sens antéro-postérieur , pour peu que le coccyx , en raison de sa mobilité , soit repoussé en arrière. La pointe de cet os , les

26 BASSIN.

bords des ligamens sacro-sciatiques, les tubérosités de Pîschion , et enfin une grande échancrure demi-circulaire , à bords arqués , déjetés en dehors ( arcade pubienne ) , et composée par les bran¬ ches réunies des ischions. et des pubis, tel est l’ensemble du bord inférieur de l’excavation pelvienne..

Ces considérations anatomiques suffiront pour aider à l’intelli¬ gence du mécanisme de Y accouchement , énoncé dans un précédent article. Nous allons y joindre , avec leur application pratique, quelques détails principalement nécessaires à l’appréciation des vices' de conformation dont le petit bassin n’est que trop souvent affecté, g Ier. Vices de direction. .

A. Détroit supérieur. L’inclinaison de ce détroit est plus grande qu’elle ri’a en général été estimée par les anatomistes. A la vérité , elle est sujette à d’assez grandes variations chez divers individus, et l’attitude même dans laquelle on les observe influe beaucoup sur ces différences , autant du moins que le permet la flexibilité de la colonne vertébrale. Pour avoir un terme moyen facile à retenir, nous avons estimé à i35 degrés l’angle ouvert en avant et en haut entre le plan du détroit abdominal et l’axe vertical du tronc ; c’est la moitié en sus d’un angle droit. L’âxe du même détroit forme donc sur celui du corps un angle de 45° , ou vert aussi en haut et en avant ; c’est dire lissez que cet anneau osseux regarde autant dans l’un que dans: l’autre de- ces deux sens. Sui¬ vant le professeur, Naegelé , son abaissement serait de io. à i5 de¬ grés plus considérable que dans notre estimation..

Dans quelques cas c’est un vice réel de. conformation qui élève ou abaisse le plan du détroit au-delà des degrés normaux, On peut remarquer qu’en général , si le bassin est rétréci d’avant en arrière , le détroit supérieur est moins incliné que de coutume ; dans certains cas même son plan devient presque horizontal. Au contraire , est-il allongé dans le sens antéro-postérieur , il s’incline d’autant plus en avant. La connaissance du mécanisme de la station directe explique la nécessité d’une pareille compensation ; il faut , pour que l’équilibre se maintienne avec facilité , que le bassin appuie sur les fémurs un peu au-devant ( ni trop ni trop peu) de l’axe du rachis; les muscles tendent sans cesse à main¬ tenir ou à produire cet état de chose , et inclinent ou redressent a la longuè tout bassin dont la conformation tend à reculer ou. à avancer outre mesure les limites de la base de sustentation.

En conséquence, pour parler que dea cas les plus ordinaires et les plus graves’, dans tout rétrécissement antéro-postérieur qui.

BASSIN. a 7

permettra , quoique avec peine , l’accouchement spontané , on pourra faciliter la parturition, en relevant l’ Utérus j)our rendre son axe parallèle à celui du détroit supérieur ; 2.“ en tenant le sujet dans la supination horizontale , ou en lui donnant une atti¬ tude telle que le tronc soit autant que possible renversé en arrière. On pourrait , par exemple , plaeerla femme en travers sur sa couche, les lombes un peu soulevées , la tête appuyée sur un simple oreiller, le bassin fort avancé sur le bord du lit, les jambes fléchies et les piedsappuyés fort bas , afînde mettre les cuisses dans une extension tant soit peu forcée.

Une semblable disposition du détroit supérieur ne pourrait que faciliter les manœuvres en tel cas souvent nécessaires ; au contraire l’inclinaison vicieusement augmentée, ajouterait aux difficultés de l’opération , puisque la direction à faire suivre à la main ou aux instrumens ( axe du détroit ) , deviendrait d’autant plus oblique et d’autant plus contraire à la commodité de l’opérateur ; il pour¬ rait devenir indispensable alors de donner à la patiente une attitude toute particulière, la pronation. (Voyez Forceps, Version, etc.)

B. Détroit inférieur. L’aire de ce détroit ne peut point être re¬ présentée par un plan uniforme , car toutes les parties de son, contour ne sont pas sur le même niveau ; le coccyx et le sommet de l’arcade pubienne sont plus élevés que les tubérosités sciatiques : de les incertitudes , les variations des anatomistes. Pour sortir de ce vague, il faut reconnaître au détroit périnéal deux parties à peu. près égales, l’une antérieure, l’autre postérieure, réunies sur les tubérosités sciatiques et offrant chacune un plan et un axe distincts.

La moitié postérieure ou sacro-sciatique , en grande partie circonscrite par les ligamens de ce nom , aurait son plan , à peu de chose près, parallèle, à celui du détroit supérieur; mais pendant la vie elle est fermée par les parties molles de l’espace coccygio— anal et du périnée; elle sert dope qu’à prolonger la paroi postérieure de l’excavation pelyienne en faisant suite à la con¬ cavité sacro-coccygienne.

La moitié antérieure au contraire, en grande partie formée par l’arcade pubienne , fait avec la première un angle presque droit ou qu’on peut sans inconvénient supposer tel ; son plan et son axe sont donc aussi perpendiculairement opposés à ceux du détroit abdominal ; c’est le véritable détroit inférieur , celui dont il importe surtout de bien retenir la direction ; son ouverture n’est complétée en arrière que par des parties ni olles (péripée) ; elle est donc susceptible de quelques variations dans son inclinaison et

3,8 BASSIN.

son ampleur ; on peut k représenter par celle de la vulve dans un état modéré- de dilatation , c’est-à-dire qu’elle regarde à peu près autant en bas qu’en avant, la femme supposée debout. ( K oy. fom. i", pag. i3a.)

Par cela même que la direction inférieure du véritable détroit est susceptible de cbangemens selon les degrés d’ampliation et d’abaissement des parties molles qui le limitent en arrière , il n’est guère susceptible d’inclinaison vicieuse bien réelle ; mais rien n’est plus facile à produire ou à dissiper que ces inclinaisons ap¬ parentes ; elles dépendent de celles du bassin en totalité et ne sont dues qu’à une attitude qu’il est facile de changer. C’est ainsi que l’élévation des épaules et l’abaissement des hanches , l’enfon¬ cement des fesses dans un lit trop souple , ont quelquefois inquiété des accoucheurs novices, et gêné les explorations , empêché l’appli¬ cation de la main sur le périnée, inconvéniens qu’on évite en prenant les précautions que nous avons exposées ailleurs ( t. Ier, pag. i5o).

C. Excavation pelvienne. La direction opposée des deux dé¬ troits qui la terminent et la courbure de ses parois indiquent assez qu’elle ne peut avoir ni un plan ni un axe identique pour toutes^ ses parties ; l’inférieure a pour direction celle du détroit périnéal , la supérieure celle de l’abdominal ; une courbure parallèle à celle du sacrum , du coccyx et du périnée amène par degré la con¬ version que nécessite l’opposition des détroits. Il faut donc tou¬ jours se rappeler que c’est de haut en bas et d’avant en arrière que tout corps volumineux devra traverser la partie la plus élevée du bassin; que c’est de haut en bas et d’arrière en avant qu’il pourra seulement franchir la partie la plus basse.

La courbure de l’excavation pelvienne peut être altérée sans que les détroits aient changé leur situation respective : ainsi , la rectitude presque complète du sacrum rend beaucoup moins facile la conversion graduelle qui doit accommoder la marche de la tête du fœtus dans le bassin à la direction du détroit inférieur , après qu’elle a suivi celle du supérieur. Cette tête tend alors à descendre en arrière; elle presse outre mesure sur l’anus et le périnée , qu’elle expose à une rupture presque inévitable. La courbure excessive du même os aurait des inconvéniens fâcheux si elle n’était ordinairement accompagnée de difformités plus graves (rétrécissement du détroit supérieur) et qui réclament les premiers soins du chirurgien. Cette courbure, quelquefois telle que les fausses vertèbres inférieures font un angle droit avec la supérieure , ramène le coccyx en avant , et empêche que le pé-

BASSIN. 99

•rince ne s’abaisse arec autant de facilité pour former au détroit inférieur les limites convenables à la direction que nous lui avons

II. Tices de dimensions.

A. Division. Avant d’entrer en matière , nous rappellerons brièvement les mesures qu’on assigne comme normales aux diverses parties de l’excavation pelvienne et de ses deux ouvertures.

r Diamètre antéro-pos térieur ou sacro-pubien , 4 pouc.

I - transverse ou bis-iliaque , 5 pouces.

( - oblique ou ilio-cotyloïdiens , 4 pouces 1/2 .

{Environ 4 pouces en tous sens ( dimension va¬ riable à cause de la mobilité du coccyx et du péri¬ née d’une part , et de l’autre à cause de l’indéter¬ mination des points de la tubérosité sciatique qu’on donne pour limites au diamètre transverse).

>-pubien , 5 pouces.

Détroit ^ supérieur. )

Détroit

inférieur.

Excavation J pelvienne.

1". Diamètre pris vers la partie moyenne . . .

parois sans e suivre les cou;

transverse (entre les épines sc.), 4 pouces.

oblique , extensible. antérre ou pubienne, 1 p. 1/2. latérale ou ischiatique, 3 p. 1 /2. postérieure ou sacro-eoccygien- ne , 4 1/2 à 5 pouces , plus environ 2 pouces pour l’es¬ pace coccygio-anal et le pé-

Ces dimensions peuvent être plus considérables ; il est fort commun , par exemple , de trouver au diamètre sacro-pubien de quatre à six lignes de plus et de deux à trois aux obliques , sans qu’on ait pu observer les effets fâcheux que beaucoup d’écrivains attribuent à une trop grande ampleur du bassin , comme de dis¬ poser aux inclinaisons, aux prolapsus, au renversement delà matrice, ou aux mauvaises positions du fœtus , de rendre l’accou¬ chement trop rapide et d’exposer ainsi aux hémorrhagies , etc.

Mais on ne peut malheureusement pas révoquer ainsi en doute l’importance de la disposition contraire , soit que la diminution d’étendue porte sur tout le bassin , soit qu’elle se borne à quelques poiuts de l’excavation ou des détroits.

On n’observe guère de diminution générale et régulière portée au point de mettre obstacle à l’accouchement ; mais il est vrai de dire que tout bassin difforme est d’ordinaire plus petit qu’un bassin

3o BASSIN;

normal , et que , si certains diamètres n’ont pas perdu de leurs dimensions, du moins il est excessivement rare qu’ils én aient acquis de plus considérables comme on le répète tous les jours. C’est ce dont on peut se convaincre surtout par l’inspection du détroit supérieur qui est le siège le plus fréquent des déformations les plus fortes. Sous ce rapport, il méritera de fixer particu¬ lièrement notre attention qu’il réclame encore -Comme étant le premier passage osseux que le fœtus ait à franchir.

Nous dirons auparavant un mot des rélrécissemens du détroit inférieur et de l’excavation pelvienne. Quelques-uns de ceux qu’on a rapportés au premier doivent être attribués à la deuxième ; la saillie des épines sciatiques, celle du coccyx en avant, appartiennent plutôt aux parois latérales ou postérieures de l’excavation qu’au détroit périnéal ; mais ces dispositions existent rarement seules, et quant à l’ankylose du coccyx, elle a peu d’importance si cet os est resté dans la ligne de direction du sacrum; elle n’empêcbe point alors le périnée de s’abaisser ; aussi Smellie l’a-t-il vu deux fois ne mettre aucun obstacle à la sortie du fœtus.

C’est en travers que l’excavation et le détroit périnéal sont le plus souvent viciés d’une manière dangereuse ; le rapprochement des épines sciatiques rétrécit alors la première , et la deuxième est déformée par celui des branches iscbio— pubiennes ; si la tête du fœtus franchit le premier obstacle, elle ne peut s’engager dans l’arcade pubienne , il faut qu’elle sorte en arrière , en quelque sorte à travers la paroi postérieure de l’excavation , ou qu’elle en repousse fortement la portion la plus flexible (périnée) qui ne peut manquer en pareil cas de courir les plus grands risques de rupture. Dans des cas bien constatés d’une disposition semblable, comme j’en ai sous les yeux un exemple, on devrait, malgré la bonne conformation du détroit supérieur , recourir à la sec.ion de la symphyse du pubis pour donner à l’arcade la largeur qui lui manque. (Pour les tumeurs qui rétrécissent quelquefois l’exca¬ vation du bassin , voyez Dystocie. )

Le détroit abdominal peut être resserré dans un ou plusieurs des trois sens qui déterminent ses diamètres , mais c’est d’avant en arrière ou obliquement qu’il est le plus souvent vicié. Dans le premier cas , il peut être symétrique et sa figure est réniforme , parfois même semblable à celle d’un 8 de chiffre placé en travers. C’est surtout alors à l’avancement du sacrum, fortement incliné et parfois convexe d’un côté à l’autre ; c’est encore à l’écrasement des pubis qu’est due cette déformation. Dans le deuxième cas , c’est la région cotyloïdienne qui s’est enfoncée vers le centre du

BASSIN. 3,

bassin, solides deux côtés en poussant en avant les pubis, comme on en peut citer cinq à six exemples (bassins trilobés), soit plus d’un côté que de l’autre, comme on le voit plus fréquemment. Alors aussi le sacrum est poussé de ce même côté, pour com¬ penser quelque courbure latérale du rachis ; le détroit est irré¬ gulier, fort étroit du côté vicié, quelquefois, mais rarement, assez large du >- côté opposé pour que l’accouchement puisse s’o¬ pérer par les seuls efforts naturels.

B .Diagnostic. Il est souvent important de préciser, chez la femme ou la jeune fille pubère , l’existence et même le degré de viciation du bassin , soit pour prohiber le mariage et prévenir une grossesse qui pourrait avoir des suites funestes , soit pour terminer le plus heureusement possible cetie grossesse lorsqu’elle a lieu. Tous les moyens d’investigation ne sont pas indifféremment appli¬ cables dans tous les cas : le toucher, par exemple, n’est pas tou¬ jours praticable chez les vierges ; il est donc nécessaire d’y sup¬ pléer autant que possible et de mettre en usage toutes les autres ressources du diagnostic. De l’utilité des détails qui vont suivre.

i°. Les signes anamnéstiques sont souvent utiles, sinon pour donner des notions exactes , du moins pour mettre sur la voie. Il ne s’agit pas seulement ici de couches antécédentes et des diffi¬ cultés qui les ont accompagnées , il faut y ranger encore ce qui est relatif aux causes capables de déformer le bassin : ainsi, l’exis¬ tence du rachitisme dans l’enfance (le sujet n’a marché qu’à l’âge de trois à quatre ans, ou plus tard, etc.), l’amputation d’un des membres inférieurs, surtout avant la puberté, une luxation du fémur , une fracture des os du bassin , arrivée précédemment , doivent faire soupçonner une déformation qu’il faut chercher à constater d’une manière plus rigoureuse. La femme porte souvent des traces de l’action générale de l’une de Ces causes , et ces traces parlent aux yeux sans qu’on ait besoin de recourir à d’autres in¬ formations ; telle est la distorsion de l’épine (bosse); mais ce signe n’a pas toujours , relativement à la forme du bassin , une égale valeur. Ori peut croire à un rachitisme du premier âge et à une altération du bassin , quand à la bosse dorsale s’ajoutent la courbure et la brièveté des os longs , de ceux des cuisses en par¬ ticulier , la brièveté des doigts , la grosseur des articulations , des stries transversales profondes sur les dents incisives et surtout l’avancement considérable de la mâchoire inférieure (menton de galoche). Deux fois même nous avons vu cet ensemble de diffor¬ mités coexister avec un resserrement considérable du bassin ,

32 BASSIN.

quoique le racliis eût conservé ou recouvré une rectitude par¬ faite : seulement le bassin était alors symétrique , même dans sa viciation. Au contraire , si une femme bossue a conservé des membres droits , longs , effilés , si la mâchoire supérieure est plus avancée que l’inférieure , le rachitis ne date guère que de l’époque de la puberté, et le bassin peut être resté à l’état normal.

2o. Sur ces présomptions, on pourra, dans tous les cas, pro¬ céder à la mensuration extérieure. On l’exécute au moyen d’un compas d’ épaisseur dont chaque branche est terminée par un bouton. Ces boutons doivent être appliqués presque à nu sur la peau ou du moins par-dessus un vêtement de simple toile. On le fixe sur lés points osseux les plus superficiellement placés , et même , pour les pubis , on peut éviter l’épaisseur de la graisse qui les surmonte , en choisissant l’intervalle que laissent entre elles à leur naissance les deux grandes lèvres (Desormeaux). Yoici les mesures qu’on trouve en procédant ainsi sur un2bassin bien fait.

De la région pubienne à la première épine du sacrum, environ sept pouces j

Du milieu d’une crête iliaque à l’autre , dix pouces environ;

Du milieu d’une crête iliaque à la tubérosité sciatique du même côté , sept pouces.

En comparant ces dimensions extérieures avec celles de l’exca¬ vation et du détroit supérieur, on peut conclure, i" qu’il faut défalquer trois pouces de la mesure obtenue d’avant en arrière pour avoir celle du diamètre sacro-pubien du détroit; que pour son diamètre transverse et pour la hauteur de l’excavation , il faut prendre la moitié de la mesure donnée par le compas, d’épaisseur.

Mais il ne faut pas s’en fier rigoureusement a ces résultats : quoi qu’en ait dit Baudelocque , le sacrum des bassins difformes n’a souvent que deux pouces et même moins d’épaisseur. Aussi n’obtient-on jamais , par cette méthode , que des données approxi¬ matives.

3°. Si l’on peut s’en contenter dans quelques circonstances, il n’en est pas ainsi de beaucoup d’autres heureusement le toucher et Y exploration intérieure sont praticables. Le doigt index est le plus sûr de tous les instrumens explorateurs : porté dans le vagin , soigneusement étendu et dirigé en haut et en arrière (la femme debout) , il cherche l’angle sacro-vertébral, s’assure qu’il y est bien appliqué ; puis , ramenant sa base sous la symphyse des pubis, il l’y applique , et un doigt de l’autre main marque avec

BASSIN, 33

l’ongle le lieu de cette application. Le doigt extrait , omjnesure l’étendue qunsépare cette marque de son extrémité, 'on en défal¬ que six lignes, et l’on a , à très peu de chose près , l’exacte mesure du diamètre sacro-pubien du détroit abdominal. Les six lignes à déduire compensent l’obliquité forcée du doigt introduit et l’accroissement de longueur qui en résulte pour le trajet qu’il mesure , depuis le haut du sacrum jusqu’au bas du pubis. Il arrive quelquefois ( fort rarement , il est vrai ) qu’on commet ainsi des erreurs presque inévitables. Si , par exemple ( et nous l’avons vu une fois), les pubis sont inclinés en avant dans leur partie inférieure , le détroit abdominal sera bien plus res¬ serré que ne le ferait croire le calcul ci-dessus exposé. Peut-être alors , l'extrémité du doigt promenée librement en divers sens rectifierait-elle l’erreur si on la soupçonnait. Dans le cas que j’ai observé , on ne s’en aperçut qu’en introduisant la main à travers le bassin. C’est encore à cette exploration un peu incer¬ taine sans- doute qu’il faudrait recourir dans le cas de rétré¬ cissement dans le sens transversal ou oblique ; mais ici la men¬ suration extérieure devient d’un emploi moins douteux et plus profitable que pour les difformités les plus ordinaires , les resser- remens antéro-postérieurs.

Ou a cru suppléer avantageusement au doigt par des in- strumens nommés pelvimètres . Le doigt , à la vérité, n’atteint pas toujours l’angle sacro-vertébral , soit que ce promontoire se trouve trop loin du pubis , soit que le vagin se laisse trop peu aisément porter en arrière ; mais , dans le premier cas , on n’a pas besoin déplus de précision que le doigt n’en donne , et, dans le deuxième, un instrument de fer ne produirait pas impunément la distension que ledoigt ne peut opérer. Cette dernière réflexion s’appliquerait surtout aux pelvimètres dont on voulait apposer une branche sur le promontoire et l’autre derrière les pubis, toutes deux, par conséquent , à l’intériejir du vagin. Sous ce rapport , on ne peut trop louer l’idée simple et ingénieuse de madame Boivin. L’une des branches de son ititro—pelvimètre , portée dans le rectum, appuie sur l’éminence sacro-lombaire ; l’autre , introduite dans le vagin , s’applique derrière la symphyse pubienne. Mettant à profit cette modification , nous arriverions sans peine , même chez une jeune fille, à obtenir avec une précision presque mathéma¬ tique la dimension antéro-postérieure du bassin ; pour y par¬ venir on prendrait d’abord exactement , avec le compas d’épaisseur ordinaire , la mesure extérieure dont nous avons parlé plus haut , puis avec , un compas à branches minces et peu courbes , avec

IHCT. DE MÉD. CR AT. - T. XV. 3

34 BASSIN.

•celui mcine: de’ madame Boivin , on 'mesurerait séparément^ •!° par le rectum l’épaisseur de la base du sacrum , 2“ par le •vagin ou même par le canal de l’urètre celle de la région pu¬ bienne-, \et le produit de ces deux dernières "explorations serait défalqué du résultat de la première ; mais tout ceci n’êst jusqu’à présent fondé que sur des probabilités.

C . Pronostic. Nous vérrons bientôt que les vices du bassin néeessitent'souvent des opérations graves et fâcheuses ; mais , mettant à part cette partie du pronostic qui ne leur appartient qu’indiiectement, disons un mot des accidens que les rétrécis- .semens du détroit supérieur peuvent amener par eux— mêmes , soit quand l’accouchement spontané est impossible et que l’art n’intervient en aucune façon, soit quand l’expulsion du fœtm s’efiectue enfin à l’aide de violens efforts et d’un travail pro—

La fièvre, l’irritation excessive et la prédisposition la plus imminente à l’inflammation du péritoine et de la matrice , ne sont pas peut être les accidens les plus redoutables auxquels la femme soit alors exposée ; la matrice, inégalement tendue, peut se rompre avec d’autant plus de facilité qu’elle est souvent pressée vio¬ lemment contre le rebord anguleux du détroit. Cette pression , si elle se prolonge au-delà d’un certain terme , d’une douzaine d’heures par exemple, et si elle est exercée par la partie la plus dure du foetus , suffit du moins pour mortifier les points com¬ primés, et déterminer ainsi des fistules incurables lors de la chute des escarres. Dans certains cas , on a vu la vessie distendue outre mesure, en raison de l’obstruction de son conduit excréteur, rompre et produire une péritonite mortelle , ou , dans des cir¬ constances moins fâcheuses , rester plus ou moins long-temps paralysée après l’accouchement.

L’enfant, de son côté, ne peut supporter une longue gêne dans sa circulation , une pression générale telle que celle de la matrice qui se constitue enfin dans un état de rigidité permanente, sans succomber à l’asphyxie pléthorique qui est l’effet direct de cet état de choses. S’il traverse le détroit, bien souvent ce n’est qu’à l’aide d’une diminution forcée du volume de sa tête, d’une compression violente et universelle de l’encéphale , ou d’un enfoncement avec fracture des régions temporale ou frontale , qui passent pour l’ordinaire, surtout la dernière, sur la saillie sacro-vertébrale. Quoique ces fractures puissent guérir sponta¬ nément et les enfoncemens se relever peu à peu , il est plus ordi¬ naire qu’ils oceasionent l 'éclampsie et la mort de l’enfant nouveau-

BASSIN. 35

né. ï)e pareilles conséquences ne permettent point au chirurgien de s’en tenir à l’expectation ; il faut, au contraire, qu’il recon¬ naisse , le plus promptement possible, les indications. à remplir , et qu’il y satisfasse aussitôt que le travail aura amené les conditions convenables.

Bv Indications. Nous en avons dit assez pour faire sentir combien il est important, chez des enfans du sexe féminin, d’en- rayer la marche du racbitis, et, de prévenir ainsi les inconvéniens que ces ravages pourraient reproduire à une époque plus éloignée ; mais ce serait: sortir de notre sujet que d’entrer dans de plus long détails sur ce traitement préservatif. Passons aux indications ac¬ tuelles qu’établissent les vices du détroit supérieur à la fin de la grossesse.*

i°. Favoriser l’accouchement spontané par les moyens simples que nous avons exposés à l’article Accouchement ( tom. Ier, pag. i5z) ; cette indication n’existe que quand le resserrement est peu considérable , lorsqu’il à trois pouces et demi ou du moins trois pouces et un quart de diamètre sacro-pubien. Il faut excepter néanmoins de cette règle les eas la tête du foetus est très- petite ou très-réductible et ceux elle est fort volumineuse. Malheureusement on ne peut former ..que des conjectures sur le volume de la tête lorsqu’elle est retenue au-dessüs du petit bassin : le volume du ventre est peu concluant, et lorsque la grossesse est arrivée au terme normal , le plus prudent est de supposer les dimensions et la réductibilité ordinaires (trois pouces un quart de diamètre bipariétal). Il faut alors attendre' un peu et voir si la tète ne s’engagera point dans le détroit abdominal, avant de se décider à employer quelque méthode plus énergique. Il est arrivé quelquefois qu’une tête volumineuse a offert assez de souplesse, quoique l’enfant fût vivant , pour passer à travers un bassin de deux pouces huit lignes (Boerh. ). Quelquefois aussi un des côtés de l’airé du détroit a présenté assez de largeur pour le libre passage de l’enfant, quoique le diamètre sacro-pubien fût considéra¬ blement diminué. La mobilité accrue des symphyses du bassin a parfois procuré les mêmes avantages.

Si l’enfant est mort depuis long-temps et macéré, putréfié, la mollesse de la tête sera telle qu’elle s’accommodera à la forme d’un détroit à dimensions fort réduites.

Si l’accouchement est prématuré , le foetus ayant d’autant moins de volume qu’il est plus jeune , pourra traverser un bassin qu’il n’aurait pu franchir au terme normal. Telle est la raison qui a déterminé maintes fois les accoucheurs anglais, allemands , italiens

36 BASSIN.

à provoquer , par la ponction de l’amnios , le travail puerpéral à une époque le fœtus est déjà viable, mais bien moins développé qu’au terme ordinaire , au septième mois par exemple. La lenteur avec laquelle marche et s’établit en pareil cas le travail , le temps con¬ sidérable pendant lequel un fœtus frêle et délicat doit être exposé immédiatement aux contractions utérines (quelquefois quinze jours dit Deuman), les dangers auxquels la mère est exposée par suite de cètte lenteur même,- etc. , ont, jusqu’ici, empêché Iqs chirurgiens français de 'recourir à cette méthode. Peut-être serait-ril permis de la 'mettre en pratique chez une femme déjà ...accouchée; auparavant (.passages faciles), et qui offrirait quelques dispositions, naturelles a l’accouchement prématuré. On pourrait alors espérer de voir naître sans peine un enfant viable ( sep¬ tième mois révolu) par un détroit de frow. pouces moins un quart de petit diamètre.

Quelques praticiens n’ont pas craint même, à ce qu’il paraît,

, de provoquer l’expulsion d’un fœtus beaucoup plus jeune : : c’est . lui donner inévitablement la, mort:; c’est se' rendre coupable .A’aifortement provoqué , manœuvre que la loi punit sévèrement en France.

; ,2°. JJ application du forceps est indiquée toutes les fois que l’enfant présentant la-tête à un bassin d e. trois pouces un quart, la nature ne suffit pas à son expulsion. La réduction de son volume est; moindre ici -sans doute que quand elle est graduelle comme dans l’accouchement spontané; mais on j supplée par lés tractions qu’on ajoute alors à l’impulsion utérine. Les cas dont il est ici question constituent la majeure partie des prétendus en- claaemens. On est souvent forcé d’appliquer les cuillers sur les côtés du bassin et de saisir la tête ou du front à l’occiput, ou du frontal à la région mastoïdienne opposée, soit qu’elle ait déjà' franchi le détroit supérieur , soit qu’elle reste encore au-dessus; les dimensions étroites du bassin d’avant en arrière, l’extrême courbure du sacrum et la saillie prononcée du promontoire em¬ pêchent presque toujours de placer le forceps autrement , et ceux qui soutiennent le contraire ont assurément manœuvré beaucoup plus souvent sur le mannequin ou sur des sujets à belles pro¬ portions que sur des femmes mal conformées.

3°. La version peut remplacer avantageusement l’application du forceps quand le travail ne dure pas depuis trop long-temps, que la tête est peu ou point engagée et la matrice peu contractée. Cette opération permet de diriger convenablement la tête pendant et après l’extraction du corps; elle permet de l’extraire sans

BASSIN. 3-

ajouter à son épaisseur et à sa solidité celle du forceps, etc. Aussi , à la Maternité de Paris , a-t-on extrait moins d’enfans vivans par l’emploi de l’instrument que par celui de la main seule. La version serait même admissible pour un détroit de trois pouces de petit diamètre , s’il était bien constaté qu’une de ces moitiés fût notablement plus large que l’autre; c’est vers cette mcfitié qu’on chercherait alors à diriger la face.

4”. La symphyséotomie doit être réservée pour les cas , l’enfant vivant ou présumé tel , le détroit abdominal n’a , dans son petit diamètre , que trois pouces au plus et deux pouces et

5°, U hystérotomie , ou opération césarienne , est nécessitée par un resserrement plus considérable que le précédent ( deux pouces et un quart , dix— huit, quinze , douze lignes même , comme on l’a vu quelquefois), pourvu que l’enfant soit à terme et pré¬ sumé vivant.

6". Si , au contraire , on a la certitude complète que l’enfant est mort, mais non putréfié , oh peut recourir à la céphalotomie ou craniotomie , toutes les fois que le bassin a moins de trois pouces. Si le rétrécissement est des plus considérables , la simple ouver¬ ture de la voûte du crâne ne suffirait pas, la base offrirait encore trop de volume ; il est alors possii le de fracturer, de broyer celte base et de lui donner ainsi la flexibilité nécessaire.

En résumé on peut donner , non comme invariables, mais comme le plus fréquemment applicables , les règles suivantes :

i°. De 3 pouces 5/4 à 3 pouces 1/4 , forceps ou version.

2 '. De 3 pouces i/4 à 2 pouces 3/4, enfant vivant , symphy¬ séotomie.

3°. De 3 pouces i/4 à 2 pouces 1 /4 , enfant mort , céphalo¬ tomie simple.

4°. Au-dessous de 2 pouces 3/4 , enfant vivant , hystérotomie.

5°. -Au-dessous de 2 pouces 1 /4 , enfant mort , céphalotomie et brisement.

( Voyez pour plus de détails chacun de ces mots en particulier. )

Ed. Sandifort. Diss. de pelvi ejuscjjue iu partu dilatatione. Thés. Sandif., tom. 3, pag. 169.

J.-M. Thierry. Diss. de partu difficiîi à maîâconformatione pelvis. Ibid., p. 191.

J. -H. Joerdens. Diss. devitiis pelvis muliebris ratione partus. Sÿlloge scnleg. , tora. 2, pag. 1..

Madame Lachapelle. Obstacles dus au bassin. Prat. des Àcgouc}j., IIe mémoire.

Vrolick. Considérations sur la diversité des bassins de différentes races humaines, Amsterdam, 1826, in-8, fig.

J.-L.-C. Ebermaier. De nimiâ pelvis amplitudine, etc., in-8, Goett., 1797.

, C.-C. Kranse. De meliendâ pelvi fœminea , diSs. in-4, Lipsise, 1781.

BAUME

38

brafiones , in-4, fiir.

Madame Boivin. Recherches sur l'avortement , suivies d’un mémoire sur l’iotro- pelvimètre, in-8 , fig. Paris, 1828.

Lobslein. Sur la direction du détroit supérieur. Bull. Eae. méd. Paris, 1817,

Nœgeté. Sur la direction des détroits du bas n.

(Ant. DüGÈS. ) 1 !

BASSORINE. Voyez Gomme.

BAUME, balsa mum ou $a\aay.ù-j. Ce nom, qui ne désignait d’abord que le baume de la Mecque ou de Judée, a été appliqué ensuite aux autres sucs végétaux résineux doués d’une odeur suave, et enfin à un grand nombre de compositions pharmaceu¬ tiques très-différentes par leur nature et leurs propriétés. Pour faire cesser une aussi grande confusion, les chimistes ont proposé de restreindre le nom de baume a ceux des sucs résineux naturels, qui contiennent de l’acide benzoïque : alors ceux qui en sont pri¬ vés ne sont plus considérés que comme des résines liquides ou des térébenthines ; et quant aux composés pharmaceutiques que l’on avait décorés du même nom , on les répartit parmi les teintures al¬ cooliques, les huiles médicinales, les onguens, etc., suivant que leur excipient est alcoolique , huileux , résineux , etc.

Ainsi réduits, les baumes naturels se distinguent par plusieurs propriétés qui les font facilement reconnaître ; ils sont solides , mous ou liquides , suivant la quantité d’huile volatile qu’ils ont conservée ; ils ont une odeur aromatique qui est ordinairement très-suave; ils sont fusibles au feu, solubles dans l’éther et l’al¬ cool, et en sont précipités par l’eau ; enfin ils cèdent à l’eau bouil¬ lante une quantité plus ou moins grande d’acide benzoïque, qu’on peut également èn retirer en les chauffant dans un vase sublima- toire , ou par d’autres procédés indiqués par la chimie. Les baumes, principaux sont le Benjoin , le Liquidambar, le Baume du Pérou , le Baume de Tolu et le Styrax , ( Voy. ces différens noms. )

Baume acétique campheé. Ce médicament appartient à la classer de ceux qui ont un éther pour excipient ou aux éthérolés. On le prépare en faisant dissoudre, à une douce chaleur, un gros de savon animal et un gros de camphre dans huit gros d’éther acé¬ tique ; on l’aromatise avec dix gouttes d’huile de thym. Il est em¬ ployé en frictions contre les douleurs rhumatismales.

Baume anodin de Bâtes , médicament du genre des teintures alcooliques ou des alcoolés , formé de savon blanc , d’opium , de camphre et d’huile volatile de romarin ; il est employé contre les rhumatismes.

BAUME.

%

Baüme d’acier ou B a cmc d’aigoilles , médicament huileux , de consistance onguentaçée , que l’on prépare en ajoutant une disso¬ lution de fer dans l’acide nitrique, à un mélange d’huile et d’al¬ cool. Il en résulte, après l’évaporation de celui-ci, une combi¬ naison de nitrate de fer et de graisse acide, que l’on employait autrefois en frictions contre les douleurs d’articulation ; mais ce composé, qui ne tarde pas d’ailleurs à s’altérer et à durcir considé¬ rablement , est entièrement tombé en désuétude.

Baüme d’Akcæus. Ployez Onguent d’Arcæus.

Baüme du Canada. Voyez Térébenthine du Canada.

Badme du Commandeur. Voyez Teinture balsamique composée.

Baume de Copahu. V oyez Cgpahu.

Baümedf. Fioravanti. Voy. Alcoolat de térébenthine composé.

' Baume de Giléad. Voyez Térébenthine de la Mecque.

Baüme di: la Mecque. V oyez Térébenthine de la Mecque.

Baume de Lucatel. Voyez Onguent de Lucatel.

Baüme de Lectoure. Ce médicament, du genre des myrolés , c’est-à-dire de ceux qui ont les huiles volatiles pour excipient, est un mélange de plusieurs de ces huiles , dans lequel on fait digérer du camphre , du safran , du musc et de l’ambre gris. On le prend par gouttes sur du sucre ; on le porte sur soi comme aromate , ou ou le brûle dans les appartemens. C’est un puissant excitant etsu- dorifïque.

, Baüme nerval. Voyez Pommade nervale.,

Baüme opodeldoch, médicament alcoolique et savonneux, dont la composition très-variable paraît être fixée aujourd’hui. L’ancien Codex de Paris le préparait en dissolvant une partie de savon d’huile d’olives dans quatre parties d’une teinture aromatique très- composée. La pharmacopée d’Édimbourg faisait dissoudre quatre onces.de savon, deux onces de camphre et une demi-once d’huile de romarin dans vingt-quatre onces d’alcool rectifié. Cette com¬ position était liquide comme la première. Le baume opodeldoch se prépare aujourd’hui en faisant dissoudre , à chaud, quatre par¬ ties de savon de graisse de veau dans quarante-huit parties d’alcool rectifié. On y ajoute trois parties de camphre purifié , une partie d’huile volatile de thym et de romarin , une partie d’ammoniaque liquide, et l’on filtre la liqueur chaude au-dessus de flacons dans lesquels: elle se refroidit. Le médicament, ainsi obtenu , est demi— solide, gélatineux, d’une transparence imparfaite, et offre sou¬ vent dans son intérieur des ramifications arborisées de stéarate; ou de margarate de soude. Il est très-usité en frictions contre les ma¬ ladies rhumatismales , l’affoîblissement des membres , etc.

4o BAUME.

Baume du Pérod , véritable baume nature! provenant d’un arbre de la famille des légumineuses, qui a été nommé par les botanistes myroxylon ou myrospermitm peruiferum. On en connaît deux es¬ pèces : un mou qui vient dans de petites coques de cocos, et l’autre tout-à-fait liquide.

Le baume du Pérou en coques paraît distiller naturellement ou par incision des rameaux de l’arbre. Il est d’une couleur brune et d’une consistance de térébenthine épaisse. Il parait formé de deux sortes de matières : une plus fluide, et l’autre plus solide et gru¬ meleuse. Il offre une saveur douce et parfumée et une odeur qui tient le milieu entre celle du baume de Tolu ét du liquidambar,

Le baume du Pérou noir est obtenu par la décoction dans l’eau de l’écorce et des rameaux de l’arbre ; il a la consistance d’un si¬ rop cuit , est transparent , d’un rouge brun , d’une odeur forte et suave , d’une saveur âcre , amère et presque insupportable. Il est très-souvent falsifié , et est plus usité aujourd’hui comme aromate que comme médicament.

Baumes de soufre. On a donné ce nom aux produits de la dis¬ solution du soufre dans différentes huiles : celui formé avec l’huile de noix se nomme baume de soufre de Ruland ; avec l’huile vo¬ latile d’anis , baume de soufre anisé j avec l’essence de térében¬ thine , baume de soufre térébenthiné , etc. On les prépare tous eu chauffant dans un matras le soufre sublimé avec quatre parties d’huile , jusqu’à ce que celle-ci ait acquis une belle couleur rouge, et que le soufre soit en grande partie dissous. On laisse refroidir en repos pour séparer le soufre en excès et celui qui se sépare du liquide sous forme de cristaux. Tous ces baumes ont une odeur mixte de l’huile qui leur sert d’excipient et d’hydrosulfure. On les employait autrefois dans les maladies du poumon. Le baume de soufré anisé entre encore dans les pilules balsamiques de Morton.

Baume de Tolu ou de Carthagènb. Vrai baume à acide ben¬ zoïque obtenu, dans l’Amérique méridionale, par des incisions faites à un arbre de la famille des légumineuses nommé myros— permum toluiferum, lequel est congénère et très-peu different de celui qui donne le baume du Pérou.

Le baume de Tolu est solide et cassant à froid, mais il coule fa¬ cilement et se réunit en une seule masse , qui prend la forme des vases qui le contiennent. Il est fauve ou roux , d’une transparence imparfaite, d’une cassure grenue ou cristalline, surtout lorsqu’il est ancien , d’une odeur très-suave , d’une saveur douce et agréa¬ ble. Il est très-soluble dans l’alcool et dans l’éther ; il cède à l’eau bouillante une grande quantité d’acide benzoïque.

BDELLOMÈTRE. 4*

Le baume de Tolu sert de base à plusieurs compositions phar¬ maceutiques, mais surtout aux tablettes et au sirop de ce nom , qui sont souvent employés pour faciliter l’expectoration chez les personnes atteintes de phthisie pulmonaire , ou pour relever les forces dans les cas d’atonie générale. On en prépare également un éther dit balsamique dont on fait respirer la vapeur aux phthisi¬ ques, en le renfermant dans un flacon disposé de manière que l’air aspiré par le malade est obligé de traverser l’éther avant d’arriver à la bouche ; mais il est douteux que ce médicament agisse autre¬ ment que ne le ferait l’éther pur, et que le baume qui reste en entier au fond du flacon contribue en quelque chose à la médi¬ cation produite.

Baume tranquille. Voyez Huile des narcotiques composés.

Baume de vie d’Hoffmann. Voyez Teinture d’ambre succinée.

Baume vert de Metz. Voyez Huile d’acétate de cuivre.

( Guibourt. )

BDELLIUM , gomme-résine connue des anciens , et cependant d’une origine encore incertaine. On la trouve toujours mêlée en petite quantité à la myrrhe et à la gomme arabique, de même que dans celle du Sénégal ; quelquefois aussi elle vient séparé¬ ment de ce dernier pays et de la côte de Guinée.

Le bdellium est en morceaux plus ou moins gros , arrondis , d’un gris jaunâtre, verdâtre ou rougeâtre, demi - transparent , d’une cassure terne et cireuse. Il a une odeur faible , une sa¬ veur amère et adhère aux dents ; il n’esl plus guère employé que comme ingrédient de l’emplâtre diachylon gommé. D’après M. Pel¬ letier, il est composé de résine , 5g ; gomme soluble , g, 2 ; gomme insoluble ou bassorine, 3o,6 ; huile volatile et perte, 1,2.

( Guibourt. )

BDELLOMÈTRE (ptâü&jierptm).) , nom d’un instrument in¬ venté , il y a quelques années , par M. Sarlandière , pour prati¬ quer les saignées locales , et mesurer la quantité de sang qu’on retire; ce mot vient de p&é\).a>, j’attire ou j’aspire du sang , et de peTpôv, mesure.

Le bdellomètre de M. Sarlandière se compose de plusieurs par¬ ties que nous allons indiquer : un globe de verre ayant la forme d’une ventouse ordinaire, et dont le sommet est terminé par une tubulure garnie d’un compartiment de cuivre sur lequel doit être vissé un cylindre de même métal, contenant des lamelles de cuir superposées et percées à leur centre ; 20 par ce conduit il entre à frottemens une tige cylindrique , terminée supérieurement par un bouton , et couronnée à son extrémité inférieure par un disque

4 a BDELLOMÈTRE.

sa cuivre d’un pouce de diamètre, et de trois lignes d’épaisseur, (ce disque se visse sur la tige , et peut être ainsi facilement rem¬ placé par un plus petit ou un plus grand, selon les cas). 3°. Le disque dont il s’agit est traversé par trois rainures, servant à in¬ troduire des traverses de cuivre, sur lesquelles sévissent de peti¬ tes lancettes longues de quatre lignes. 4R. On visse sur ce disque une plaque en forme de gril, et on l’ajuste de manière à ce que les pointes des lancettes , dirigées dans l’intervalle des traverses, de ce gril, les dépassent d’une ligne, de trois quarts de ligne, ou même seulement d’une demi-ligne, selon la profondeur l’on veut pé¬ nétrer. Ce gril est destiné à empêcher que la peau, en se boursou¬ flant, coitune il sera expliqué plus bas , ne monte le long des lan¬ cettes, et ne les fasse ainsi s’enfoncer trop profondément ; des vis latérales fixent le gril à une distance déterminée des pointes de lancettes, 5°. A côté de la tubulure du sommet du globe de verre, est pratiquée obliquement une autre tubulure , surmontée _d’un& pompe aspirante pour faire! le vide dans l’intérieur du globe de verre. Cette pompe est traversée à sa partie inférieure par un robinet , propre à ralentir la succion , et surmonté d’une cheville , servant à introduire l’air dans la ventouse pour favoriser la désappliea- tion de celle-ci. 6,J. A la partie latérale inférieure du corps, de la ventouse, existe une troisième tubulure , servant à visser au be¬ soin un robinet , propre à donner issue à la quantité de sang, qu’on voudrait éliminer , sans désappliquer l’instrument. ^ -•

Le corps de ventouse dont il vient d’êlre question , ne jibnvant, en raison de sa large ouverture , être appliqué que sur une région étendue, telle que l’abdomen , le thorax , la cuisse , etc. , M. Sar- landière a composé un autre corps de rechange qui peut être appliqué sur des régions étroites , ou des anfractuosités, comme aux tempes , à l’anus, etc. M. Sarlandière a même eu soin de faire construire des. corps de Yeutouse de telle forme , que l’on peut appliquer le hdellomètre pux orifices des membranes mu¬ queuses.

Voici comment on doit se servir de l’instrument de M. Sarlan- diêre : si l’on se sert du grand corps de ventouse ,. après que celui- ci a été exactement appliqué sur la peau , on en ferme le robinet, tandis qu’on ouvre celui de la pompe aspirante ; puis fixant d’une main le corps de la ventouse , et saisissant de l’autre le bouton qui termine la tige de la pompe , on fait plusieurs aspirations, jusqu’à ce que , le vide s’opérant , la peau monte en se boursouflant dans le corps de la ventouse de manière à y être fortement tendue. Cela étant fait , on presse sur le bouton qui termine supérieurement la

BDELLOMÈTRE. 43

tige armée de pointes de lancettes , et celles-ci pénètreni dans la peau; on retire aussitôt la tige, puis on fait de nouveau mouvoir la pompe aspirante, et le sang afflue dans la cavité de la ventouse. On voit facilement, à travers celle-ci, la quantité de sang qui s’est écoulé; en ouvrant le robinet du corps de la ventouse, on donne à volonté issue au sang qu’elle contient, et l’on peut en retirer en¬ suite une nouvelle quantité, sans désappliquer l’instrument. La rapidité de l’afflux du sang est proportionnelle à celle avec laquelle on meut la. pompe aspirante. Pour ralentir l’abord du sang dans la ventouse , on retire la cheville qui termine le robinet de la pompe.

On voit, d’après la description que nous venons d’en donner , que le bdellomètre de M. Sarlandière n’est réellement qu’un moyen très-ingénieux de pratiquer des ventouses scarifiées. C’est même en partie pour obvier aux inçonvéniens de ces dernières , et à ceux des sangsues , que M. Sarlandièrea imaginé son instrument. Je me trompe peut-être , mais s’il était nécessaire d’inventer un instru¬ ment qui obviât aux inçonvéniens des sangsues, tout en conservant leurs avantages , cet instrument est encore à trouver; et, à mon avis , ce sont les sangsues qu’il faudrait inventer , si elles n’exis— taie nt pas , pour obvier aux inçonvéniens du bdellomètre. Mais si je regarde comme une vérité incontestable que les sangsues sont préférables au bdellomètre , il ne s’ensuit pas que cet instrument ne soit , à son tour, préférable aux ventouses scarifiées ordinaires. II ne s’en suit pas non plus que dans les cas L’on manquerait de sangsues, le bdellomètre ne pût être employé avec avantage. Je pense , au contraire , que c’est précisément dans les cas de cette dernière espèce qu’il convient de recourirà l’instrument de M. Sar¬ landière. Nous nous réservons d’examiner aux articles Ventouses, Scarifications , Saignée locale, des questions qu’il n’est pas aussi convenable d’aborder à l’occasion du bdellomètre. -

Au reste, l’instrument de M. Sarlandière a été encore trop peu mis en pratique, pour que l’ou.puisse porter un jugement bien motivé sur ses avantages et ses inçonvéniens. Dans la brochure que ce médecin a consacrée à la description du bdellomètre , il ne rap¬ porte aucun fait qui lui soit propre en faveur de cet instrument ; il se borne à dire que MM. Demours et Régnault ont employé le bdellomètre avec succès. Quoi qu’il en soit, nous répéterons que c’est un procédé très-ingénieux de pratiquer des ventouses scari¬ fiées, et bien que nous lui préférions les sangsues, nous reconnaî¬ trons cependant, avec M. Sarlandière , que par son emploi seulement le médecin jouit de l’avantage précieux de pouvoir évaluer d’une manière précise la quantité de sang retiré. (J. Rooielaud. ')

44 BEC DE LIÈVRE.

BEC DE LIÈVRE, s. m. , labium lepormum. Solution de continuité ancienne et non suppurante de l’une des lèvres. Ce nom est déduit de l’analogie qu’établit cette affection , entre la lèvre supérieure de l’homme et celles des mammifères rongeurs , les lapins en particulier, chez lesquels cette disposition est nor¬ male à l’état adulte.

Le bec de lièvre se rencontre le plus ordinairement à la lèvre supérieure ; cependant la lèvre opposée en a quelquefois été le siège. Il affecte rarement la ligne médiane , et apparaît en général du côté gauche.

Le bec de lièvre offre une foule de différences, depuis la simple solution de continuité de la lèvre jusqu’à cet état dans lequel non-seulement la lèvre , mais encore la voûte palatine et le voile du palais participent à la bifidité anormale. Et d’abord , il peut être congénial ou accidentel ; dans l’un et dans l’autre cas , tantôt il intéresse la lèvre en totalité , tantôt il est borné à l’un de ses points seulement, soit que la solution intéresse exclusivement la moitié antérieure de la lèvre , soit qu’elle reste limitée à son bord libre. Chez certains individus , la fente anormale est parallèle à l’axe du corps; chez d’autres, elle est oblique, ou plus ou moins sinueuse.

Sous le rapport de son degré , le bec de lièvre peut être simple ou compliqué , distinction plus importante que la première , sous le rapport tbérapeut que, et sur laquelle conséquemment il im¬ porte surtout d’insister dans cet article. Le bec de lièvre simple consiste en une bifidité des parties molles seulement ; tandis qu’au contraire , s’il est compliqué , on voit des lésions de divers genres s’ajouter à la première ; ainsi , un bec de lièvre peut être compliqué : de division double de la lèvre, bec de lièvre double ; 2“ de division du lobe du nez , ou de l’une des ailes de celte partie ; de séparation de la voûte palatine , soit seu¬ lement en avant , soit dans toute son étendue ; de séparation de la voûte palatine et du voile du palais ; 5 de direction vicieuse des dents correspondantes ; de saillie des os sur lesquels s’ap - puie la lèvre malade ; 70 d’absence de la voûte palatine tout en¬ tière et de l’os vomer.

L’état anatomique des parties sur lesquelles porte la bifidité dans le bec de lièvre plus ou moins avancé, est un point l’his¬ toire de cette maladie , dont la connaissance exacte est réellement contemporaine , et qu’il est absolument important d’examiner , afin de pouvoir déterminer le mode de développement de ce vice de conformation. Il est inutile de faire remarquer ici que tout ce

BEC DE LÏÈYRE. 45

qui va suivre se rapporte presque exclusivement au bec de lièvre congénial de la lèvre supérieure.

Les bords de la solution de continuité qui caractérise un bec de lièvre sont rouges, muqueux et arrondis; ils ressemblent, sous beaucoup de rapports, au bord libre de la lèvre la mieux conformée. Us sont séparés l’un de l’autre par un espace de forme triangulaire , espace qui résulte de la traction exercée en sens op¬ posés sur la lèvre par ses agens moteurs ; le nez des individus qui portent un bec de lièvre est toujours un peu aplati ,. parce que ses ailes suivent, plus ou moins la lèvre dans sa rétraction , et aussi parce que dans les becs de lièvre compliqués , la cloison nazale s’affaisse en bas. Dans les becs de lièvre doubles , l’une des fentes peut bien à la rigueur avoir son siège sur la ligne médiane , mais le plus- souvent toutes deux sont latérales; elles interceptent entre . elles un petit bouton ou mamelon , qui représente cette région de la lèvre sur laquelle est tracée la dépression sous-nazale de cette partie . Ce mamelon est très-variable sous le double rapport de la forme et du volume : tantôt , il est sphérôïdal , très-petit , et rétracté vers les narines ; tantôt, il présente laforme d’un triangle à base le plus souvent inférieure , il est plus allongé que dans les cas précédens , et descend jusqu’au bord libre de la lèvre ; enfin , il manque tout— à-fait dans :1e bec de lièvre le plus compliqué , surtout dans le degré le plus-avancé de cette espèce que l’on a désignée sous le nom de- gueule de loup . Nous avons disséqué deux fœtus qui étaient dans

;Bour. peu que la division labiale soit ancienne, ce qui est su¬ bordonné à l’âge de l’individu lorsque le vice est congénial , le rebord alvéolaire tend à s’élever par une véritable hypertrophie locale dans l’espace ouvert de la lèvre ; d’autres fois les dents in¬ cisives seules se dirigent en avant, et deviennent saillantes au de¬ hors ; la division de la voûte palatine dans les bècs de lièvre com¬ pliqués est soumise de son côté à plusieurs déformations qu’il im- , porte de signaler; déjà nous avons fait remarquer que tantôt elle est complète, c’est-à-dire étendue depuis le bord alvéolaire jusqu’au voile du palais, et que tantôt elle est bornée à la moitié ou au quart antérieur de la bouche; mais nous devons ajouter qu’en arrière cette division palatine est toujours et nécessairement médiane , tandis qu’antérieurement , tantôt elle est médiane , et tantôt elle est latérale; en arrière, toujours onia trouve simple ; tandis qu’en avant quelquefois elle est double : lorsque la division de voûte palatine est médiane et complète, elle consiste en un défaut d’articulation des parties horizontales des os maxillaires

4 t> BEC r>E LIÈVRE.

supérieurs et palatins ; et lorsqu’en avant elle est latérale simple , ou latérale double , il y a absence de soudure de l’épipbysë anté¬ rieure d’un seul ou des deux os maxillaires supérieurs , de cette epiphyse , enfin,: distincte seulement dans les premiers temps de :1a vie chez l’homme, mais qui dans les grands animaux se réunit par une suture avec l’os maxillaire supérieur et constitue l’os que l’on appelle incisif

Lorsque la division de la voûte palatine ést médiane , le vomér reste libre en bas et se trouvé un peu enfoncé entre les os maxil¬ laires supérieurs et palatins séparés ; quelquefois il leur eèt uni par la muqueuse olfactive : lorsque la division , au contraire , est laté¬ rale simple , le vomer resté uni en avant à l’os maxillaire intact; si la division est latérale double , le vomer supporte en avant le bouton médian de la voûte palatine formé par les deux os incisifs, et cette pièce , qui n’est plus maintenue latéralement , tend toujours à se porter en avant dans l’espace laissé par les bords de la so¬ lution de continuité labiale; la voûte palatine, alors, offre en avant une fente pour chaque fosse nazale; enfin, dans les cas plus rares , et que nous avons observés quelquefois , l’on voit manquer toute la voûte palatine , la bouche et les fosses na¬ sales ne forment plus qu’un large sinus, au milieu duquel on n’aperçoit aucune cloison , car ni le vomer ni la lame perpen¬ diculaire de l’ethmoïde ne se sont développés; la lame criblée de l’ethmoïde manque également. Dans quelques cas, en outre, comme il nous a été donné de le voir une fois, le nerf olfactif , et le filet naso-palatin du ganglion de Meckel sont absens, et le cerveau lui-même singulièrement défectueux , présente une surface plus globuleuse que de coutume , tandis que ses deux lobes sont supérieurement confondus en un seul.

Nous ne disons rien ici de l’état dans lequel se présente le voile du palais dans les cas de bec de lièvre compliqué de la so¬ lution de cette partie; ce vice de conformation fera , en effet, l’objet d’un article à part. ( V^oy. Staphyloraphie. )

Le bec de lièvre accidentel est toujours la suite de plaies ou d’ulcérations des lèvres dont les bords se sont cicatrisés isolé¬ ment ; le bec de lièvre congénial , au contraire , paraît dépendre d’un trouble apporté dans la formation des lèvres , trouble ou dérangement tel , que cés parties conservent leur type rudimen¬ taire , pendant un temps plus long que de coutume. Mais quelles sont les causes de celte perturbation du développement des lèvres ? c’est ce qu’il est fort difficile de dire dans l’état actuel de la science , bien que ce soit un point sur lequel il est au moins fort

BEC DE LIÈVRE %

Curieux de porter soi» attention Sous ne rappellerons point à eet égard l’opinion des anciens médecins , touchant l’influence de l’i— tnagination de la mère , frappée pendant sa grossesse par la vue d’un enfant affecté d’uii bec de lièvre , ou par celle d’un lapin ou de tout autre animal de la famille dès rongeurs , chez lesquels la so¬ lution de continuité de lèvre supérieure est chose de régulière conformation ; opinion trop négligée peut-être , et tombée aujour¬ d’hui dans le domaine des croyances vulgaires ; nous nous contenterons de faire remarquer que la difformité qui nous occupe coïncide, dans les cas très-compliqués , ainsi que nous l’avons vu, avec une imperfection Remarquable du système nerveux ; soit que, suivant l’opinion de Béclard, cette imperfection puisse être con¬ sidérée comme le principe du vice de la lèvre et du palais , soit qu’au contraire, on l’en regarde comme une conséquence , ce qui nous paraît plus probable : au reste , si nous admettions la première hy¬ pothèse , il est évident que nous ne ferions que reculer la difficulté, enlareportant plus loin, sur lesystèmenerveux. Dans l’impuissance nous sommes placés de trouver la cause réelle du bec de lièvre cougénial, il faut bien nous borner à étudier sa nature , et à re¬ chercher comment , cette cause étant donnée, ilparvientlui-même à s’établir. Or, c’est sur ce point que ce sont exercés les anato¬ mistes, Meckel surtout; et tous ils ont démontré que ce vice de conformation consiste réellement en un arrêt de développement de la lèvre ; un mot sur le développement normal de cette partie fera concevoir de suite cette proposition.

Toüs.’les auteurs , depuis Blumenbach , ont répété que la lèvre supérieure se forme par trois points distincts, un médian et deux latéraux points dont la réunion se ferait au niveau des deux petits raphés , qui limitent à droite et à gauche la dépression sous- nasale. Voilà, en effet, ce que semble indiquer la considération de cètte lèvre , même chez l’homme adulte ; toutefois , il n’en est point réellement ainsi ,, et nous croyons le premier ( j4nat . top.) avoir établi une doctrine différente , dont l’observation nous dé¬ montre tous les jours la justesse ; doctrine que: notre collègue et ami le docteur Sansan a rapportée, sans doute par inattention, à SL Meckel.

La lèvre supérieure et le voile du palais se moulent dans leur développement sur la portion de la voûte palatine à laquelle ils touchent immédiatement ; toute cette partie des parois de la bouche se forme de pièces distinctement placées sur les côtés de la ligne médiane , et dont la plupart, par leur réunion, concourent à un raphé médian ; deux pièces constituent primitivement la moir-

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tié postérieure, c’est-, à-dire le voile du palais et la partie atte¬ nante de la voûte palatine; quatre, au contraire, appartiennent à la partie antérieure du palais et à la lèvre supérieure ; à la Jèvre, les deux points centraux se réunissent de très-bonne heure, de manière à constituer un noyau qui devient impair, bien que formé dans le principe de deux moitiés symétriquement disposées; c’est cette réunion prompte qui a ici abusé Blumenbach , Meckel , Bé— clard, etc. , et leur a fait croire que la lèvre supérieure était seu¬ lement trifide dans l’origine ; c’est cette circonstance encore qui fait que le raplié médian de cette lèvre est si peu apparent , et à peine indiqué par une petite saillie du bord libre de la lèvre. Cette . évolution par quatre points est patente , au reste , sur la partie voi¬ sine de la voûte palatine de laquelle procède la lèvre supérieure; le squelette de cette voûte reste long-temps formé des épiphyses ana¬ logues des os incisifs , et des os maxillaires supérieurs proprement dits ; dans les animaux , la séparation médiane primitive de la lèvre supérieur^ est plus, apparente que chez l’homme ; dans quelques- uns même, les rongeurs et quelques espèces du genre chien , cette disposition.persiste pendant toute la vie à l’état régulier. La lèvre inférieure se forme seulement par deux pièces , dont la réunion constitue le raphé ; au reste , en cela cette lèvre se comporte comme la partie antérieure de l’os maxillaire qui la soutient.

Quoi maintenant de plus facile à concevoir que le développement du bec de lièvre? qui pourrait voir dans ce vice de; conformation autre chose qu’un développement arrêté des lèvres ? Il est toujours médian à la lèvre inférieure , parce que la fissure primitive de cette lèvre est médiane; à la lèvre supérieure , au contraire , le bée de lièvre médian est rare , parce que la fissure centrale de cette lèvre disparaît très-promptement. Toutefois, on conçoit la possibilité d’une bifidité médiane de la lèvre supérieure , en supposant que la cause perturbatrice ait exercé son action sur elle à une époque très- rapprochée de celle de sa formation ; le fait rapporté par Mçscati , et un autre que nous avons cité ailleurs , ne laissent d’aillèurs aucun doute à cet égard ; néanmoins, à la lèvre supérieure ,1e bec de lièvre est le plus souvent latéral, simple ou double, parce que les fissures latérales que présente cette lèvre, se comblent plus tard que la pre¬ mière, etlaissent conséquemment plus de prise à 'faction de la cause déterminante ; lorsque le bec de lièvre est simple, il existe plus fréquemment à gauche , sans doute.paree que la fissure labiale de ce côté disparaît un peu plus tard que l’autre ,' par suite de la vitalité moindre de toutes les parties gauches du corps. Quant à l’état varié dans lequel se présente la fissure de la voûte palatine, il est bien

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plus clairement encore que celui de la lèvre , jla reproduction de l’état rudimentaire de cette voûte ; ainsi quand la séparation est mé¬ diane , elle consiste en une absence de réunion des os maxillaires su¬ périeurs ; lorsque la séparation est latérale , elle a lieu au point se seraient réunis, dans l’état normal, les os incisifs et maxillaires supérieurs. Dans cette circonstance, les os incisifs, si peu appa- rens dans l’homme, que leur existence y a été révoquée en doute , sont aussi distincts , plus distincts même que dans les animaux , chez lesquels une suture les réunît à l’os maxillaire correspondant. La fissure de la partie antérieure de la voûte palatine entraîne né¬ cessairement celle de la lèvre, mais l’inverse n’a point lieu ; ce qui dépend de la manière dont procède le développement de ces parties ; en effet, les points rudimentaires du palais sont déjà réu¬ nis à une époque ceux de la lèvre supérieure sont encore très- distincts ; et ainsi il est impossible , d’une part, que la cause qui a agi sur le palais à une époque assez voisine de la conception pour empêcher la réunion de ses parties princi pales , n’ait pas sur¬ pris la lèvre supérieure dans des conditions favorables au dévelop¬ pement du bec de lièvre; et, d’autre part, si la cause a exercé son action plus tard , elle a pu être impuissante pour produire une bifidité sur la. voûte palatine déjà réunie, et cependant agir, sous ce rapport, sur la lèvre supérieure, plus tardive dans sa for¬ mation.

Une foule de causes après l’époque de la. naissance s’opposent à l’oblitération de la fissure plus ou moins compliquée qui constitue le bec de lièvre : le passage de l’air ou des alimens, les mouve- mens de diduction des bords , de la solution de continuité , mais surtout l’organisation , sur ces bords d’une membrane muqueuse revêtue d’un véritable épiderme : aussi jamais n’arrive-t-il que l’on observe une tendance à l’oblitération de la fente anormale qui appartient à la lèvre. Il en est autrement pour la voûte palatine , dont la fissure ne saurait être agrandie par l’action musculaire ; aussi long- temps que dure l’accroissement des os , il existe une ten¬ dance marquée , sinon à son oblitération complète , au moins à une diminution réelle , diminution qui , une fois produite, met plus de chances en faveur de l’opération faite sur la lèvre ; toutefois , comme nous le dirons plus bas, ce rétrécissement de la voûte palatine pro¬ duit par l’âge , ne serait pas une raison pour engager à différer trop long-temps l’emploi de l’opération , seul moyen capable de guérir la difformité; caron sait parfaitement qu’après la réunion de la lèvre , la solution de la voûte palatine , lorsqu’elle existe , éprouve par ce seul fait une plus grande tendance au rétrécissement , et

Dicr. nE MÉn. prat. t. iv. 4

S o , BEC DE LIÈVRE.

que celui-ci peut dès-lors être porté jusqu’à un point tel , qu’il en résulte une véritable oblitération , comme Sharp la plusieurs fois observé.

Le bec de lièvre constitue une difformité d’autant plus pro¬ noncée, qu’il est porté ù un degré plus avancé; et non-seule¬ ment, Comme nous l’avons dit , il donne à la bouche une expres¬ sion toute particulière, hideuse même, lorsque la fente labiale est double, et que les ùs inter-maxillaires et les dents incisives font en avant une saillie considérable ; mais , en outre , le nez est d’autant plus surbaissé que la fente de la lèvre est plus prononcée et que les os sont plus écartés. Dans ce dernier cas , les narines offrent souvent un écrasement tel , que le lobe du nez , dirigé en arrière , semble rentrer à l’intérieur. La difformité qu’entraîne le bec de lièvre augmènte encore pendant le rire et la prononciation en raison delà traction plus forte en dehors des bords de la solution labialei'Dans les becs de lièvre compliqués de division de voûte palatine , la voix est sourde et nasonnée ; la prononciation est diffi¬ cile , et pour cette raison les enfans apprennent beaucoup plus tard à parler ; lorsque la fente palatine est très-large , la déglutition est très-pénible , les alimens solides , pressés par la langue , passent dans les fosses nasales , se portent sous les cornets , dans les di¬ verses anfractuosités olfactives, et déterminent une gêne considé¬ rable et des éternuemens incommodes. Heureux les enfans , dans ce cas , lorsque succion du mamelon et par suite la nutrition ne sont pas rendues tout-à-fait impossibles î Quant au bec de lièvre compliqué d’absence de toute la voûte palatine, du vomer et du corps de l’ethmoïde , il est toujours accompagné d’une telle im¬ perfection du système cérébral , qu’il est incompatible avec la vie ; aussi le voit-on souvent coïncider avec plusieurs autres vices conformation plus ou moins graves ; il est commun , par exemple,: chez les anencépbales.

C’est seulement à l’aide d’une opération que l’on peut faire disparaître le bec de lièvre.

Les chirurgiens ne sont point tous d’accord sur l’âge auquel il convient d’opérer le bec de lièvre. Garangeot et Dionis Conseillent d’attendre que les enfans aient atteint leur quatrième ou leur cin¬ quième année , afin que la réunion ne soit point contrariée par les- eris et les mouvemens désordonnés, et aussi de peur de voir sur¬ venir ces convulsions qui sont si communes et si graves" dans les premières années de la vie. Ledran , Bell , Muys , Roonhuisen avaient adopté une conduite toute différente : le premier a opéré des enfans encore à la mamelle; Bell guérit par l’opération un

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enfant de trois mois ; Mnys était d’avis de ne pas attend rendus de six mois après la naissance ; et IlconLuisen opérait à l’âge de dix semaines. Comme on le voit , chaque opinion eompte’pour elle des autorités et des succès ; toutefois , voici ce que l’on peut établir de positif relativement à ce point ,de médecine opératoire : il. est, des cas dans lesquels il faut opérer immédiatement après la naissance ; par exemple , lorsque le bec de lièvre apporté un ob¬ stacle invincible à la succion du mameleon . et par suite à l’ali mentation ; il convient d’opérer de bonne heure les enfans qui ■ontxlçs becs de lièvre qui , sans être aussi gênans que les précédons, sont cependant compliqués divisions de la voûté palatine ; de la SQrfe on met, comme nous l’avons déjà dit, plus de chances en fgveûr de l'oblitération de la fissure du palais ; dans les cas de becs de lièvre simples, on peut sans inconvénient attendre pour -faire l’opération jusqu’à l’âge de cinq ou six ans; mais un retard plus grand aurait le désavantage de donner lieu a une cicatrice dont les .traces persisteraient plus long-temps. Au reste , c’est une erreur de croire que les enfans de quatre ou cinq ans se prêtent moins facilement à l’opération que ceux d’un .âge plus avancé ; il y a sous ce rapport, au contraire, une' différence qui nous a le plus, souvent paru être à l’avantage des premiers.

Il est peu nécessaire d’employer, pour préparer à l’opération, les diverses précautions conseillées par plusieurs chirurgiens ; aussi les emplâtres , les bandelettes aggluiinatives , les bandages et les autres .moyens propres à habituer les bords de la plaie au rappro¬ chement qu’ils: doivent subir , sont-ils complètement et justement négligés ; on ne tient pas non plus un grand compte aujourd’hui de la pratique indiquée par Roonhuisen , pratique qui consiste à empêcher les- enfans de dormir pendant quelques jours , ou bien à leur administrer des narcotiques, pour qu’ils se trouvent forcés de se livrer à un long sommeil après l’opération.

L’opération du bec de lièvre se compose réellement de deux temps, sur l’exécution desquels les chirurgiens ont varié à l’in¬ fini : l 'avivement des bords de la solution de continuité , et la réu¬ nion de ces bords avivés.

L’avivement des bords d’une solution de continuité ancienne , et celui des bords du bec de lièvre en particulier , peut être fait de deux manières : i“ en déterminant l’ulcération superficielle de la membrane tégumentaire des parties séparées, 2" en pratiquantla rescision de ces parties , de telle sorte qu’elles se correspon¬ dent par une surface vive, saignante , et en tout semblable à celle d’une plaie récente.

Sa BEC DE LIÈVRE.

Divers moyens ont été proposés pour ulcérer superficiellement les bords du bec de lièvre ; les chirurgiens arabes, Abulkasis en particuber , employaient la cautérisation avec le fer rougi au feu; Thevenin se servait du beurre d’antimoine , jet suivant quelques personnes , d’emplâtres épispastiques ; Fabrice d’Aquapendente scarifiait les bords , et y répandait du bol d’Arménie , de l’encens et de l’aloès. Sans doute on a pu, et l’on peut encore, par le procédé de l’ulcération me-ttre les bords d'un bec de lièvre dans des conditions propres à leur réunion ; mais aujourd’hui cette pra¬ tique doit être entièrement abandonnée ; elle est , en effet , entachée de plusieurs vices essentiels : i0 elle laisse subsister la forme ronde des bords de l’ouverture , d’où il suit qu’ils ne peuvent se réunir sans laisser en avant et en arrière de la lèvre une rigole plus ou moins profonde, objet d’une ineffaçable difformité ; elle ne permet la réunion que par seconde intention , réunion qui ne s'é¬ tablit que par un tra vail long , qui laisse prise pendant long-temps aux causes dérangement des bords du bec de lièvre , et nuit à la régularité de la cicatrice.

La rescision des bords du bec de lièvre n’est point sujette aux inconvéniens que nous venons de signaler; aussi est-elle générale¬ ment préférée. On trouve dans l’histoire de la chirurgie des Arabes des traces de cette rescision qu’ils employaient quelquefois , mais à laquelle ils préféraient pourtant la cautérisation, comme déjà nous l’avons dit ; leur ignorance , leur timidité extrême dans l’usage des instrumens tranchans , surtout la crainte d’une hémorrhagie , à laquelle ils n’auraient su remédier que d’une manière vicieuse , et dont ils redoutaient les suites , leur faisaient cette loi. On ne sait pas positivement de quelle manière on opérait alors la rescision des bords du bec de lièvre; il paraît cependant probable que l’on em¬ ployait le bistouri. Ce fut plus tard seulement que les ciseaux fu¬ rent proposés par Durand Scacchi etScultet Aujourd’hui encore, le bistouri et les ciseaux se partagent l’honneur de la rescision du bec de lièvre ; mais les derniers cependant nous paraissent plus gé¬ néralement préférables ; ce sont ceux que nous employons dans la circonstance. Vainement Louis a-t-il objecté contre l’usage des ciseaux l’action par pression de ces instrumens , les douleurs qui doivent résulter de la section qu’ils produisent , et la forme de la plaie , forme telle , que sa surface résulterait de deux plans réunis angulairement vers le milieu des bords du bec de lièvre , et dirigés en sens inverse. Tous ces inconvéniens , bien moins réels qu’ils semblent au premier abord , sont peu de choses en comparaison des avantages qui résultent de la rapidité opératoire , et de la rare

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précision que permettent les ciseaux; au reste on rend complè¬ tement nuis ces incon vériiens lorsque l’on emploie des ciseaux bien construits, ceux deM. Dubois, par exemple, dont les branches sont longues , et les lamés bien tranchantes et bien évidées.

Les anciens chirurgiens employaient pour fixer la lèvre pendant la rescision ; et aussi pour empêcher l’héinorrbagie et la douleur , des pinces en bois appelées depuis mordilles , et dont la construction a beaucoup varié; l’idée première paraît en appartenir à Fabrice d’Aquapendenle. Celles qu’employait Marc-Aurèle Severi» étaient propres surtout à faciliter l’action du bistouri; elles étaient, dispo-r sé'es de façon que l’un des deux mors , celui qui devait être placé en dedans de la lèvre , était plus large que l’autre , de manière à le déborder, et à fournir un point d’appui à l’instrument tranchant pendant son action d’avant en arrière. Garangeot blâmait fortement l’idée de ces pinces , dont la pression est douloureuse et sujette à d’autres incon véniens ; Louis , Heister , et tous les chirurgiens de¬ puis, ont adopté les opinions de Garangeot, et les pinces ne sont presque plus employées d.e nos jours. En effet , pour fixer la lèvre , les doigts seuls suffisent , quand on se sert des ciseaux ; tandis que l’on pince cette partie appliquée sur une lame de bois ou de carton interposée entre elle et la gencive , lorsque l’on emploie le bistouri. Il est nécessaire aussi pour faciliter la section, des bords du bec lièvre , et pour les mettre dans dès conditions plus propres au rap¬ prochement , de détacher la lèvre de l’arcade dentaire correspon¬ dante , en coupant transversalement son frein., comme Fabrice d’Aquapend.ente et Durand Scacchi l’ont conseillé et pratiqué.

La réunion des bords avivésdu bec de lièvre est un des points U s plus importons de l’opération , et l’un de ceux sur lesquels il a régné le plus de dissidence entre les chirurgiens aux diverses époques de la science. Les Arabes faisaient la suture des lèvres de la plaie ; mais quelle suture? on l’ignore. Quelquefois seulement ils pratiquaient celle que l’on a appelée emplumée ; Ambroise Pare est l’inventeur de la suture entortillée ; il se servait pour la pratiquer d’aiguilles d’acier anguleuses, garnies d’un chas , dont on ne conçoit pas trop ici la né¬ cessité, et autour desquelles il contournait des fils cirés en manière de huit de chiffre. Fabrice d’Aquapendente modifia les aiguilles de Paré en les rendant flexibles à leur extrémité , afin de pouvoir les courber , et les empêcher ainsi de léser la joue, Pierre Franco rejeta les aiguilles et se borna à l’emploi de la suture sèche , faite avec des bandelettes agglutinatives ; J.-L. Petit changea tout-à~fa i la forme des aiguilles; il les fit construire en argent ou en or, e leur donna , précaution, inutile , une tête renflée aux deux extre-

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mités, de peur qu’elles ne pussent s’échapper ; il introduisait ces ai¬ guilles à l’aide d’une lardoire garnie à une extrémité d’une pointe à double tranchant , et présentant de l’autre une fente dans laquelle il engagêâitle petit instrument.'Sharp se servait d’aiguilles d’argent â pointes d’acier; Géorge Heuermann substitua la suture entre¬ coupée à la suture entortillée; Pibrac ensuite revint à l’opinion de Franco , que partagea plus tard Antoine Louis ; il rejeta la suture , et proclama les avantages d’un bandage unissant simple , bandage que Louis modifia avantageusement, comme nous le dirons plus loin, et qu’il employa exclusivement. Suivant Louis, en effet, on n’a employé la suture que d’après l’opinion erronée que le Lee de lièvre consiste essentiellement en une perte de substance de lèvre. Toutefois , nous ferons remarquer que la suture, et furtout la suture entortillée qui doit ici être préférée, présente le remarquable avantage de permettre le plus exact rapproche¬ ment des bords de la plaie, d’arrêter complètement l’hémor¬ rhagie qui résulte de la section des artères labiales , et de s’op¬ poser d’une manière invincible à la séparation des parties rappro¬ chées ; aussi, malgré l’autorité de Louis, celle de Pibrac, celle plus ancienne de Franco , l’usage de la suture a prévalu dans le trai¬ tement bec de lièvre , et chaque jour on a l’occasion d’en con¬ stater les excellons effets. Ali reste , Louis lui— même, malgré sa répugnance pour la suture du bec de lièvre , se fiait si peu à l’effi¬ cacité de son- bandage unissant , qu’il pratiquait presque toujours un point dé-süture à la partie inférieure de la solution de conti¬ nuité. Les assertions de Louis furent vivement combattues par Valentin , qui proposa également un instrument particulier , auquel on à donné le nom d agrafe; c’est une sorte de pince à branches parallèles, garnies de linge; èt qu’il croyait très-propre à opérer le rapprochemént des bords de la plaie ; cet instrument , vanté par Sabatier, noUs paraît justement abandonné. Enfin plusieurs chi¬ rurgiens, tels que Caqué , Desault, et le professeur Chaussier , ont imaginé comme Louis , des appareils plus ou moins compliqués , qui peuvent efficacement concourir avec la suture au rapprochement des bords du bec de lièvre , mais qui sont tous infidèles quand on les emploie seuls. On en trouvera la description détaillée dans tous les traités de bandages ; qu’il nous suffise ici de dire, que tous pren¬ nent un point d’appui sur la. nuque, et refoulent en avant la joue vers la lèvre sur laquelle l’opération a été pratiquée.

Ces travaux entrepris dès long-temps sur le point de médecine opératoire qui nous occupe , ont amené des résultats de plus en plus parfaits , et ont concouru plus ou moins les uns et les autres ,

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à constituer l’état, actuel de l’art sous ce rapport. En effet , le mode opératoire adopté maintenant par les chirurgiens instruits, ne saurait être rapporté à un seul homme ; il résume à lui seul les idées - de plusieurs : ainsi en citant seulement l’opération qui a trait au hec de lièvre simple , pour l’avivement, on emploie les ciseaux , suivant les conseils anciens de Scacchi et Scultet; pour la réunion on se sert de la suture entortillée d’Ambroise Paré , suture toutefois pour laquelle on a adopté les aiguilles de Sharp ; puis enfin on ter¬ mine en refoulant les joues en avant , à l’aide du bandage unissant de Louis et de Desault, auquel on ajoute quelquefois les ban¬ delettes agglutinatives de Franco. Voici au reste de quelle manière on procède à cette opération , d’abord dans le bec de lièvre simple , ensuite dans celui qui offre quelques complications, jg Opération dubec de lièvre simple. Un bistouri ordinaire} des ciseaux un peu forts ; une pince à disséquer , ou.un tenaculuni deBromfield; des aiguilles longues d’un pouce et demi , aplaties en fer de lance à une extrémité, tranchantes sur les bords et pointues du même côté , arrondies et sans tête du côté opposé , aiguilles d’argent, d’or ou de platine, et terminées par un bout d’acier; deux fils cirés formés par la réunion , à l’aide de cire , de trois ou quatre brins, fils offrant, l’un une longueur de trois pieds, l’autre un peu plus court; deux petites compresses pour. placer sous les extrémités des aiguilles ; deux compresses graduées un peu fortes et carrées ; une compresse longuette assez étendue pour aller facilemen t du sommet de la tête vers le moignon de l’épaule de chaque coté ; une bande longue de trois aunes , large d’un travers de doigt et demi , et roulée à deux globes ; une autre com¬ presse taillée en fronde ; tels sont les iustrumens et les pièces d’appareil nécessaires pour l’opération. Il faut être assisté de deux aides , l’un qui devra fixer le malade , l’autre auquel sera confié le soin de présenter au chirurgien les choses nécessaires à l’opération et au pansement.

Tout étant disposé comme il vient d’être dit , le malade sera placé en face d’une croisée bien éclairée , assis sur une chaise, s’il est un peu grand , et sur les genoux d’un aide si c’est un enfant. ,. L’aide placé derrière le malade dans tous les cas , retiendra la tété de celui-ci contre sa poitrine, en plaçant ses deux mains sur- les joues , au-devant de la partie inférieure du masseter , vers le point l’os maxillaire inférieur est croisé dans sa direction par l’artère faciale , et .se tiendra prêt à comprimer ce vaisseau ; les mains du patient devront être retenues par des personnes placées à ses côtés; ou bien on les enveloppera dans le drap l’alêze

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placée autour de lui pour le protéger contre le sang qui doit s’écouler pendant l’opération. Cependant le chirurgien placé en face , retourne lajlèvre de la main gauche, de manière à mettre à découvert le repli muqueux, qui la fixe au rebord alvéolaire, et d’un coup de bistouri il divise ce repli transversalement ; alors il saisit le bord droit de la solution de continuité entre le pouce et l’index gauche:; sur ce point il porte ses ciseaux , applique l’une de leurs branches en arrière, l’autre en avant de la lèvre, et après avoir disposé leur tranchant perpendiculairement à la surface de cette partie , d’un seul coup il pratique une incision qui doit remon¬ ter un peu au-dessus de l’angle supérieur de la solution de con¬ tinuité , et en comprendre tout le bord rouge et arrondi ; ensuite il pince à son tour la partie inférieure dubordgauche du bec de lièvre , il le tend en l’attirant en bas, et avec les eiseaux tenus et disposés comme précédemment , il pratique une seconde incision qui doit entamer ee bord du bec de lièvre au même degré que l’autre , et se réunir d’une manière anguleuse avec | la première. Souvent les deux languettes séparées par les ciseaux tiennent en¬ core un peu en haut , et il convient d’achever leur séparation avec le bistouri.

Cette première partie de l’opération terminée , et l’hémorrhagie arrêtée par la compression que l’on fait exercer sur les artères faciales , ou plus immédiatement sur les artères labiales dans l’épaisseur même de la lèvre , on doit procéder ainsi au pan¬ sement : on saisit le bord gauche de la solution de continuité , et on l’attire en bas et en dedans ; une des aiguilles est tenue de la main droite , entre le pouce et le doigt médius , l’index ap¬ puyant sur son extrémité mousse ; on en porte la pointe près du bord de la lèvre, sur le lieu la peau et la muqueuse se réu¬ nissent et se confondent, et à deux lignes environ de la surface saignante ; on l’enfonce par un mouvement dirigé obliquement de dehors en dedans , d’avant en arrière , de bas en haut , et de telle façon que l’instrument chemine dans l’épaisseur de la lèvre , à l’union de ses trois quarts antérieurs avec son quart pos¬ térieur ; dès que la pointe de l’aiguille a paru sur la surface de la plaie , on abandonne ce côté de la lèvre , pour saisir l’autre de la même manière , et pour le rapprocher du précédent afin de juger la hauteur à laquelle la pointe de l’aiguille doit y commencer son trajet ; ensuite cet instrument est enfoncé de ce côté , et con¬ duit de dedans en dehors, d’arrière en avant et de haut en bas , jusqu’à ce qu’il vienne sortir sur un point analogue à celui au niveau duquel il a été enfoncé de l’autre côté ; ou prend ensuite

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le fil de moyenne longueur qui a été placé parmi les pièces d’ap¬ pareil, comme nous l’avons dit; ou le jette en anse autour de cette aiguille, et -l’on donne ses deux extrémités à tenir en bas à un aide. Ce fil sert non-seulement à empêcher les bords de la plaie de s’écarter, ou même d’abandonner l’aiguille ; mais il offre encore l’avantage de maintenir la lèvre solidement fixée, et de faciliter l’application nécessaire des autres aiguilles. On place en général trois aiguilles ; quelquefois cependant on en met quatre, ou seu¬ lement deux, suivant que la plaie est plus ou moins étendue en longueur. Au reste le placement des seconde, troisième ou qua¬ trième aiguilles est fort simple : l’instrument est enfoncé transver¬ salement à 'travers l’une et l’autre lèvres de la plaie , et à une dis¬ tance de celle-ci semblable à celle que nous avons indiquée ; pour aider au placement de ces aiguilles il est fort avantageux de glisser l’index delà main gaucbe derrière la lèvre. ;La première aiguille seule doit être conduite de bas en haut en commençant , puis en¬ suite de haut en bas ; pour elle cette précaution est nécessaire , non pas comme la plupart des auteurs le répètent à l’envi , pourformer vers la partie inférieure de la cicatrice un petit renflement qui simule le renflement médian du bord libre delà lèvre, carie bec de lièvre étant le plus souvent latéral , le renflement que l’on pro¬ duirait ainsi Occuperait une position telle qu’il ne pourrait en rien simuler la disposition normale , et serait un objet de difformité , mais afin d’empêcher qu’il reste une échancrure sur le bord libre de la lèvre après l’opération. L’omission du précepte que nous avons posé pour le placement de la première aiguille ne manque jamais d’amener cette échancrure.

Pour achever la suture, le chirurgien fait tirer doucement en bas l’anse de fil jetée depuis long-temps sur la première aiguille, il s’empare du loug fil qui a été préparé, en place le milieu au-dessus de l’aiguille inférieure , il en forme une anse , le ramène au-dessous de l’aiguille , le croise en huit de chiffre au-devant de la plaie , et le passe trois ou quatre fois autour de celte aiguille , le croisant de la même manière , et serrant légè¬ rement afin d’appliquer exactement les lèvres de la plaie l’une contre l’autre ; ensuite il remonte vers la seconde aiguille , en fai¬ sant un croisé dans l’espace qui la sépare de la première , il passe le fil derrière elle, et revient en avant faire un croisé semblable au premier en serrant de la même manière ; après avoir répété ces tours trois ou quatre fois , l’opérateur monte le fil vers la troi¬ sième et même vers la quatrième aiguille , s’il y en a quatre , et se¬ condait en tout comme il vient d’être dit pour la seconde ; on doit

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ensuite descendre vers l’aiguille moyenne , et arrêter les extré¬ mités du fil par une rosette. Le nombre des croisés que l’on doit faire avec le fil doit être tel , que toute la face antérieure de la plaie s’en trouve entièrement cachée.

On place de petits linges fins sous les extrémités des. aiguilles-, et l’on termine en faisant le bandage unissant de Petit ou de Desault , et en appliquant une mentonnière.

Après l’opération le malade doit garder le repos et le silence le plus absolu , jusqu’après la levée du premier appareil; il s’abs¬ tiendra de tous les alimens solides ; une tisane rafraîchissante, et quelques légers bouillons que l’on donnera à l’aide d’un- biberon;., telles sont les seules substances qui seront portées dans l’estomac. Des pédiluves chauds ou sînapisés sont quelquefois nécessaires lorsqu’il survient de la céphalalgie , et que le malade est menacé de congestion cérébrale ou de convulsions.

2°. Opération du bec de lièvre compliqué. - Mais l'opération du bec de lièvre, dans quelques cas , est plus compliquée et plus difficile que nous ne l’avons d’abord supposé ; ce qui arrive lorsque la bifidité de la lèvre offre quelques-unes des complications que nous avons signalées plus haut. Examinons maintenant ces cas;, qui sont heureusement les plus rares.

A. Bec de lièvre double. Si le petit bouton qui sépare les deux solutions de continuité est très-petit et. rétracté vers les narines, il faut aviver les deux bords principaux du bec de lièvre , comme il a été dit pour le bec de lièvre simple ; mais il con vient d’avoir soin de réunir obliquement les deux incisions au-dessus de ce petit bouton, afin de l’emporter; alors le reste do l’opération s’achève comme dans les cas les plus simples. Que si , au contraire , le bouton mé¬ dian delà lèvre offre une longueur plùs grande, s’il est large et extensible, il doit être ménagé; alors on avive successivement, et le même jour, les deux côtés et les bords opposés des deux fentes , puis on place les aiguillés avesC la précaution de les faire passer à travers la partie médiane de la lèvre; si le mamelon descend jusqu’au bord libre de la lèvre, sa résection ne présente rien de spécial; mais si , au contraire, il est trop court pour arriver jusqu’à ce point , il faut , en l’avivant., lui donner la forme d’un triangle à base supérieure et à semmet. inférieur-, de telle façon qu’après la réunion de la plaie , le sommet de cette partie se cache dans l’intervalle des deux bords principaux du bec de lièvre, et que l’on obtienne une cicatrice qui ait la forme d’un Y ouvert en haut : dans ce cas encore il importe de traverser le sommet du bouton avec la première aiguille. On doit tout-à-fait rejeter la

BEC DE LIÈVRE. 5p

pratique conseillée par quelques chirurgiens , et qui consisterait à opérer' en deux fois le bec de lièvre double; on évite par au malade une double opération , et on lui procure une cicatrisation plus parfaite.

B. Bec de lièvre compliqué de la bijidité du lobe du nez , ou de l’une des ailes de cette partie. Les complications de ce genre sont plus rares , et ne modifient en rien l’opération pour ce qui concerne la lèvre ; il s’élève seulement ici cette question : con¬ vient-il d’opérer en même temps la lèvre et le nez? Nous nous déciderions pour l’affirmative dans l’occasion; et après avoir avivé très-superficiellement , avec les ciseaux , les bords de la solution de continuité nasale , nous en pratiquerions la synthèse à l’àide de quelques points de suture entrecoupée.

G. Bec de lièvre compliqué de séparation de la ‘coûte: pala¬ tine. Cette circonstance , lorsqu’elle vient seule s’ajouter à la bifidité de la lèvre supérieure , prescrit de hâter l’opération ,. comme nous l’avons déjà dit , mais elle ne change en rien la con¬ duite de l’opérateur relativement à la lèvre. La solution de la voûte palatine ne réclame elle-même aucun traitement chirur¬ gical; c’est de la nature seule que le médecin prudent doit attendre la guérison cette difformité. Les moyens divers proposés pour pousser l’un vers l’autre les os maxillaires séparés , sont peu ration¬ nels , parce qu’ils ne pourraient être efficaces que par une action ou très-forte , très-prolongée, conditions également propres à amener des accidens fâcheux .

D. Bec de lièvre compliqué de bifidité de voûte palatine et du voile du palais. Dans les becs de lièvre de ce genre , il existe cm écartement très-grand des bords de la lèvre , et le rap¬ prochement par l’opération en est plus pénible ; partant les bande¬ lettes agglutinatives et le bandage unissant , employés comme auxi¬ liaires de la suture, sont d’uné nécessité plus impérieuse. M. Roux donne le conseil, dans lés cas qui nous occupent, de ne réunir la lèvre supérieure qu’après avoir pratiqué la staphyloraphie : sans doute la manoeuvre de cette dernière opération est rendue plus aisée par l’écartement de la lèvre et de la voûte du palais ; mais nous ne devons pas perdre de vue ce fait important, signalé également par M. Roux , que la staphyloraphie ne réussit presque jamais lorsque la voûte palatine est largement divisée ; et comme il n’ên est pas de même pour l’opération du bec de lièvre, nous croyons qu’il faut commencer par elle, et surtout la faire de très-bonne heure, afin de favoriser le rapprochement, sinon l’oblitération entière, delà voûte palatine , ce qui mettrait Idcn plus de chances en faveur de

fio BEC DE LIÈVRE.

la ataphyloraphie pratiquée plus tard. ( Voy. plus loin l’article Staphyloraphie.)

E. Bec de lièvre compliqué d'une saillie des dents correspon¬ dantes. Il faut arracher les dents si elles sont fortement portées en avant, et pour le reste se conduire comme dans les cas les plus

6°. Bec de lièvre compliqué de saillie des os. Cette variété réclame un traitement tout particulier. Il est des cas dans lesquels la saillie osseuse est formée par les os intermaxillaires séparés des maxillaires supérieurs , et tenant seulement à la cloison des fosses nasales ; alors il convient , suivant le précepte donné par Desault , d’exercer une compression long— temps soutenue sur ces parties; ce grand maître a pu de la sorte refouler ces os en arrière d’une manière suffisante. Dans les cas les os ne peuvent céder, il faut emporter leur partie saillante avec des tenailles incisives. Daniel Ludovici a conseillé cet expédient, qui depuis lui a été souvent employé avec succès.

F .Bec de lièvre compliqué de l’absence de toutelavoutepalatine. Dans cette variété, commenous l’avons déjà fait remarquer, l’en¬ fant apporte en naissant d’autres imperfections plus graves que celles de la bouche , et il meurt promptement. Si toutefois jm in¬ dividu ainsi conformé avait pu respirer et vivre, il faudrait se hâter de faire l’opération sur la lèvre , afin de favoriser la forma¬ tion en arrière de quelques substances osseuses ; mais comme la succion du mamelon est impossible dans cet état , il faudrait , à l’aide d’un long biberon , ou d’une sonde de gômme élastique , porter jusque dans le pharynx du petit malade , du lait ou d’autres substances nutritives.

L’appareil que l’on applique après l’opération du bec de lièvre doit être levé au bout de trois jours chez les enfans , et après quatre chez les adultes ; on commence pour cela par extraire l’aiguille la plus éloignée du bord libre de la lèvre, puis ensuite successivement toutes les autres ; on doit prendre la précaution d’enduire de cérat l'extrémité de ces petits instrumens , qui doit traverser les chairs ; il faut également, pendant l’extraction des aiguilles, appuyer légèrement sur la partie antérieure des fils , afin de ne pas trop ébranler la cicatrice et ne point s’exposer à la déchirer ; on en¬ lève ensuite le fil en le tiraillant de haut en bas , et dans le sens même de la plaie. Pendant tout ce temps , uir aide placé derrière le malade fixe sa tête et contient ses joues poussées en avant ; en¬ suite il ne faut point encore abandonner les parties à elles— mêmes : la cicatrice, encore faiblement organisée, serait sollicitée en sens

BEC DE LIEVRE. 61

contraire par les muscles de la lèvre , et pourrait subir un allon¬ gement transversal qui serait une cause grave de difformité ; pour éviter cet inconvénient , après avoir appliqué quelques brins de charpie enduits de cérat sur les trous enflammés et suppurans des aiguilles, on place par dessus une longue bandelette agglutir native, erie tout est assujetti à l’aide du bandage unissant qui avait été employé après l’opération.

De grands ménagemens sont encore nécessaires pendant un jour ou deux , et ensuite le malade est abandonné totalement à lui- même. Quelquefois on n’enlève pas le même jour les aiguilles et le fil qui ont servi à la suture de la lèvre ; mais on laisse ce der¬ nier jusqu’au lendemain , et l’on se conduit comme il a été dit dans les cas ou l’appareil a été levé plus complètement.

Quelques accidens , heureusement fort rares , suivent parfois l’opération du bec de lièvre : certains petits malades sont pris de convulsions; d’autres fois il s’est manifesté une hémorrhagie de l’artère labiale ; les aiguilles , dans quelques cas , ulcèrent profon¬ dément la lèvre , ou déterminent une inflammation très-vi'e qui se propage vers la surface de la plaie, et en empêche la réunion par première intention ; enfin , chez d’autres , la cicatrice s’est rompue jour de la levée de. l’appareil . Presque tous ces contre¬ temps fâcheux peuvent être conjurés par les soins apportés dans l’exécution de l’opération : l’hémorrhagie, l’ulcération et l’inflam¬ mation vive de la lèvre dépendent en particulier, la première, du peu de solidité de la réunion de la plaie , et les seconde et troisième , de la constriction trop forte du fil croisé autour des ai¬ guilles. Sous ces rapports divers , il est un juste milieu duquel on ne doit jamais dévier , et dont la pratique , mais seulement la pra¬ tique, indique le secret. Quant aux convulsions qui arrivent aux enfans dans le cas qui nous occupé, elles ne peuvent être ni. pré¬ vues ni évitées d’une manière certaine; c’est un accident que l’on doit toujours craindre , quelque opération qu’on leur pra¬ tique ; mais , après l’opération du bec de lièvre , il n’offre rien de

On a désigné souvent, sous le nom de bec de lièvre accidentel et récent, les plaies simples des lèvres. Dans ces cas , en effet, le mode de réunion qu’on emploie ressemble tout— à-fait à celui que nous avons décrit pour l’opération du bec de lièvre véritable ; toutefois nous n’entrerons dans aucun détail à cet égard. ( Voyez Taït. Lèvres , plaies de cette région.) Nous passerons également sous silence ici tout ce qui a trait à l’opération que réclament cer¬ taines difformités acquises des lèvres , soit qu’elles résultent d’une

6% BECHIQUES.

plaie , ou d'une destruction de ces parties opérée de toute autre manière ; il en sera question également plus tard. ( Voy. l’art. Che-loplastie.) (Fréd. Ph. Blandin.)

BECCABUNGA. f^eronica bexcahunga , Linn. Cette plante, dont on emploie principalement les feuilles , figure au nombre des antiscorbutiques. Les anciens mêmes lui avaient attribué des pro¬ priétés assez importantes , puisqu’ils l’avaient placée parmi les cinq plantes composant ce qu’on nomme les espèces antiscorbutiques, et qu’on doit supposer être choisies comme les plus actives de. celles qui portent cette dénomination. Cependant le beecabunga n’a point d’activité remarquable , et l’on citerait un grand nombre de plantes qui pourraient lui être préférées, à cause de l’énergie et de la proportion de leurs principes constituans. Que présentent en effet ses feuilles? Une odeur faible, une saveur un «peu âcre, piquante et amère. On n’a pas été porté à faire une ■analyse bien délicate de cette plante, dans laquelle on n’a trouvé, de prime abord , qu’un peu d’une huile volatile âcre , de l’albumine et du sulfate de chaux.

Que peut-on attendre d’ün pareil médicament, sinon des effets à peine appréciables et incapables d’imprimer ultérieurement à l’économie aucune modification importante? Aussi est-il généra¬ lement abandonné , et ne figure-t-il que dans les prescriptions l’on veut rassembler un grand nombre de^médicamens. Le becca- bunga est encore un des ingrédiens du sirop et du vin antiscor- buliques , dont il est peut-être l’élément le moins actif, et qui , d’ailleurs , commencent à faire place à des préparations plus en rapport avec l’état actuel des connaissances. On prépare un suc exprimé de feuilles de beecabunga qu’on prescrit à la dose deux à quatre onces; mais rarement on l’administre seul, et le plus ordinairement il est mêlé aux sucs d’autres plantes pour former les sucs antiscorbutiques , dépuratifs , etc. On en préparait au¬ trefois une eau distillée et un sirop tout-à-fait inusités maintenant , et un extrait qui devait être absolument inerte , si l’on se rappelle que les extraits se préparaient par évaporation , opération dans laquelle l’huile volatile , la seule partie active du produit, devait nécessairement se dissiper. (F. Ratiee. j

BÉCHIQUES , de pviÇ , toux ; dénomination vicieuse créée jadis, et depuis consacrée par l’usage , pour désigner les moyens propres à calmer la toux. Or, comme on le sait, ce phénomène morbide est loin de reconnaître la même cause dans tous les cas, et par conséquent d’exiger constamment les mêmes remèdes. Aussi voit- on figurer au nombre dès béchiques une foule de substances très-

BÉGAIEMENT. 63

différentes par leurs propriétés , et par leur manière d’agir sur l'é¬ conomie. Cependant,, lorsqu’on les examine avec soin , on voit que les médicamens qui réunissent le plus de suffrages , à ce titre , sont tous pris dans la classe des narcotiques (voyez ce mot). Les béchi- ques , d’après les théories dominantes , avaient été divisés en in¬ cisifs et en atténuans; la même division s’appliquait aussi aux expectorans. ( Voyez ce mot. )

Il est inutile de s’étendre davantage sur ces hypothèses, actuel¬ lement tombées dans l’oubli ; on doit seulement en tirer ce fait important , savoir, que de tout temps , la toux a paru un phéno¬ mène morbide assez grave pour qu’on dût diriger contre lui des moyens spéciaux. Les anciens avaient bien observé que si la toux est généralement l’expression de la souffrance d’un organe , elle peut à son tour, par les secousses qu’elle occasione , aggraver l’af¬ fection existante et susciter même de nouveaux accidens. Cette observation pratique n’a pas vieilli , et l’on a tous les jours l’oc¬ casion de la vérifier ; seulement l’explication qu’on en donne est plus en rapport avec l’état actuel de nos connaissances. On sait que, quand l’état inflammatoire est passé, les narcotiques sont un moyen salutaire en ce qu’ils ralentissent la respiration et la circulation , qu’ils diminuent la susceptibilité de l’organe malade et le mettent dans un état de repos très-favorable à sa guérison.

( F. Ratier. )

BÉGAIEMENT, PSELLISME, difficulté plus ou moins grande dans la parole , hésitation, répétition saccadée, suspension pénible et même empêchement complet de faculté d’articuler, soit toutes les syllabes , soit certaines syllabes en particulier.

Le bégaiement présente une foule de nuances, soit d’intensité, soit de caractère ; il peut n’être qti’un défaut de prononciation à peine sensible et dont le bègue se rend aisément maître ; il peut être une infirmité des plus difformes, pire que le mutisme complet ; car, à ce degré, le bègue se consume en efforts , grimaces , contor¬ sions, suffocations , et ne parvient le plus souvent qu’à produire quelques sons sourds et inarticulés qui tiennent plus du rugisse¬ ment d’une bête féroce que du langage humain.

Par bonheur le bégaiement est rarement porté à ce degré ex¬ trême; dans le plus grand nombre des cas, les bègues, après un certain nombre de répétitions de la même lettre ou de la même syllabe , parviennent à s’exprimer , et jouissent ainsi , quoique avec peiné , du bienfait de la parolé.

Une foule de circonstances extérieures influent sur le bégaie¬ ment: tel bègue hésite davantage s’il est en présence de plu-

64 BÉGAIEMENT.

sieurs jjersonnes ; tel autre , au contraire , maîtrise alors son in¬ firmité; tel est incapable de lire sans bégayer beaucoup, et tel ne bégaie jamais en lisant ou en déclamant.

Fréquemment les bègues n’éprouvent aucune difficulté , soit à chanter, soit à dire des vers, particulièrement les alexandrins: cependant cette réglé n’est pas sans exception ; il y a des bègues qui le sont même en chantant.

Emportés par une passion vive , certains bègues parlent cou¬ ramment ; d’autres, sous la même influence, font des efforts inouïs: leur respiration s’arrête , leur figure devient vultueuse, enfin ils éprouvent une véritable suffocation, sans pouvoir prononcer le moindre mot ni même produire aucuns sons vocaux.,

Des auteurs ont soutenu que les femmes ne bégaient jamais ; cette assertion, sérieuse sans doute , n’est pas exacte. J’ai connu plusieurs femmes bègues ; j’ai même vu une famille [dont la mère et les deux filles étaient affectées de bégaiement.

L’enfant ne parlant pas ne saurait bégayer ; ce n’est qu’à l’âge la parole se développe et devient un moyen de relation et d’ex¬ pression dés besoins , qu’on s’aperçoit de l’existence du vice de l’organe de la parole. Mais à la puberté tant de nouvelles idées assiègent l’esprit, tant de nouveaux besoins se font sentir, le bégaiement qui s’oppose à l’expression devient beau¬ coup plus manifeste ; la gêne qu’il apporte dans le langage ; le ri¬ dicule qui s’attache au bègue et qui lui enlève jusqu’à l’espoir d’arriver jamais à satisfaire ses désirs , les obstacles nombreux qu’il rencontre dans son éducation , les entraves qu’il prévoit dans la carrière quelconque qu’il est appelé à parcourir, sont autant de circonstances qui contribuent à augmenter le bégaiement, et don¬ nent à l’esprit du bègue une direction particulière. Porté au silence et à concentrer en lui-même ses impressions , il devient observa¬ teur attentif et fin en même temps qu’il reste d’un caractère timide et réservé. D’autres fois les mêmes causes irritent le caractère du bègue, le rendent colère et emporté ; sa physionomie prend une expression de brusquerie et de violence.

Le bégaiement n’est pas toujours continu , il subit quelquefois des intermittences ; certains bègues passent des jours entiers , des mois même , sans éprouver la moindre hésitation de parole. D’au¬ tres ressentent une influence marquée des circonstances atmosphé¬ riques, sont beaucoup plus ou beaucoup moins bègues, selon que le temps est sec ou humide , ou bien qu’il fait chaud ou froid.

Il est rare que le bégaiement se prolonge jusqu’à la vieillesse; presque toujours il cesse ou diminue beaucoup vers l’âge mûr,

BEGAIEMENT. ;65

soit que l'infirmité s’amende d’elle-même , Soit que ' bègue prenant plus d’assurance avec les années , parvienne à la maîtriser.

Tel que nous venons de le peindie, le bégaiement est plutôt une mauvaise disposition de l’organisme qu’une maladie; Il faut se garder le confondre aVec les balbutiemens accidentels, passa¬ gers ou continus, qui sont symptomatiques de lésions plus moins graves du système nerveux.

Rien de moins rationeTque les causes auxquelles les aiitenrs an¬ ciens ou modernes ont rapporté le bégaiement. On l’a successivement attribué au Volume trop considérable delà langue, à la longueur du filet, au mode d’implantation des dents incisives inférieures, à la division congénialede la luette , à une mauvaise Conforma¬ tion de l’hyoïde , à l’existence de trous insolites dans l’os maxil¬ laire, etc. Mais l’inspection des organes vocaux d’un bègue faite avec toute l’attention imaginable, n’v montre le pins souvent au¬ cune différence appréciable avec les organes d’une personne qui n’est point bègue. Et d’ailleurs comment allier des causés phy¬ siques constantes, avec les variations sans nombre que présentent les phénomènes du bégaiement ?

Sauvages ( Nosologie ) place le bégaiement parmi les affaiblis— seméns. Cette opinion ancienne est professée nos . jours par des hommes de mérite ; î M. Itard , dans son Mémoire sur bé¬ gaiement, paraît l’adopter. Il se fonde Sur le fait incontesta¬ ble que les grands affaiblissemens des systèmes nerveux et mus¬ culaire qui accompagnent les fièvres graves , les apoplexies , les con'gëstioijs cérébrales , la paralysie des aliénés , etc. , sont accom¬ pagnés d’une difficulté de parler qui offre beaucoup d’analogie avec le bégaiement, mais qui cependant en diffère essentiellement.

Dans l’article Bègde du Dictionnaire de médecine, M. Rullier fait rémonter plus haut la cause du bégaiement , en la plaçant, nOn dans les muscles vocaux, non dans les nerfs qui les animent, mais bien dans le cerveau lui-même. « Les raisons , dit-il ; qui ap¬ puient cette idée sont que, dans l’état physiologique ordinaire; lés phénomènes de la voix [et de la parole sont dans un rapport constant avec lès divers degrés d'excitation cérébrale y et répoh- dent toujours , par lever précision et leur* facilité , à TélfCergié des sentimens et à la clarté des idées. »|Ou sait’, à ce sujet , que le trop ou trop peu d’excitation cérébrale exerce sur noire langage une influence si’mai quée , que nos paroles faciles jaillissant comme une source féconde , ou se traînant avec lenteur et difficulté , at¬ testent alors tout ce qu’èllès coûtent de travail à l’intelligence; «■ Ûty ce'qiie nous avons dit précédemment- l’infliièn'ce' anb'iogué

mer. DE MEDEC. CHAT. - T. IV. 5

66 BEGAIEMENT.

et si' mdrquéc des diverses affections de l’ame;, excitantes on sé¬ dative?, du centre nerveux cérébral, comme la colère, la crainte, la timidité , la confiance, l’impatience, etc. , sur les phénomènes du bégaiement , prouve que ceux-ci découlent de la même source, et doivent se rapporter dès-lors à quelques modifications de l'ac¬ tion du cerveau. Mais en quoi consiste cette modification? Sans prétendre l’expliquer , voici peut-être la conjecture que l’on peut hasarder : chez le bègue l 'irradiation cérébrale qui suit la pensée •et devient le principe propre à mettre en action les muscles né¬ cessaires à l’expression orale des idées , jaillit avec une telle impé¬ tuosité et se reproduit avec une telle vitesse qu’elle passe la me— .sure, de mobilité possible des agens de l’articulation ; dès - lors .eeux-ei, comme suffoqués par cette accumulation de la cause inci¬ tante ordinaire à leur mouvement , tombent dans l’état d’immobi- lité spasmodique ët de secousses convulsives qui caractérise le bé¬ gaiement. D’après cette conjecture , l’hésitation de la langue ne se¬ rait qu’une débilité purement relative des organes de l’articula¬ tion résultant du défaut de rapport établi entre l’exubérance des pensées, la vitesse concommiltante d’irradiation cérébrale qui leur correspond , et la vitesse possible des mouvemens successifs et variés , capables d’exprimer les idées par la parole. » L’auteur ap¬ puie -ce qu’il appelle son hypothèse sur ce que les bègues ont l’esprit vif, le caractère pétulant, qu’ils bégaient moins lorsqu’ils sont calmes ..que l’âge diminue le bégaiement, que le bégaiement diminue singulièrement ou même disparaît complètement lorsque le bègue, dispensé de frais d’esprit, fait un simple appel à sa mé¬ moire , et que la fidélité de -celle-ci le sert dans un discours qu’il réci te , une chanson qu’il met sur un air, ou des vers qu’il déclame. Que les soins des bègues à exercer les organes de la parole finissent par diminuer le bégaiement en mettant la vitesse de ces organes en rapport avec l’irradiation cérébrale ; que si les passions véhémentes et explosives font momentanément disparaître le bégaiement, cela tient à ce que la secousse vive , inaccoutumée, qu’en reçoivent tous les muscles , et par conséquent ceux de la langue , les met alors en harmonie d’action avec l’état des affections de l’âme ; que les femmes enfin qui parlent vite, mais qui ont en revanche reçu de la nature une prononciation si facile et si déliée qu’elles se mon¬ trent capables de la plus grande volubilité de parole, ne, bégaient que fort rarement. »

Telle est l’explication du bégaiement que nous propose un. mé¬ decin recommandable dans un ouvrage que l’on doit croire au niveau de la science ; mais, de bonne foi , ‘est-til possible. d’entrer

BÉGAIEMENT. 67

dans les conjecturés de l’auteur qui semble supposée que chez les bègues , la pensée est toujours rapide et les mouvemens .muscu¬ laires toujours trop lents? J’ai vu beaucoup de bègues , et si j’en ai rencontré quelques-uns l’intelligence paraissait fort active , j’en ai vu d’autres, le temps ne manquait pas aux muscles de la parole pour exprimer des idées qui n’étaient rien moins qu’abon¬ dantes et rapides.

D’ailleurs , que dire des bègues qui ne bégaient que dans les momens de calme? de ceux qui bégaient qu’en lisant? que penser de ceux qui sont voisins de l’état d’idiotisme , etc. ? Le tort est ici , comme dans une multitude d’autres circonstances , de chercher à expliquer ce qui est inexplicable. Le bégaiement est évidemment une modification de la contraction des muscles de la parole; Or, puisqu’en saine physiologie on ne peut donner aucune explication de cette contraction elle-même , . comment tenter d’expliquer ses nuances ?

Prétendre.rendre raison du bégaiement en disant que les muscles de la parole sont faibles, e’est faire un eeEcle vicieux. Comment sait-on que les muscles sont faibles? c’est , sans doute , parce que le bégaiementexiste. Or, l’explication arrive donc à dire qu’on bégaye parce qu’on bégaye! la plupart des prétendues explications mé¬ dicales sont de ce genre ; on remplace un mot par quelques autres qui ont la même signification , et on est convaincu qu’on a trouvé une explication.

Sans nous occuper d’une recherche qui ne saurait nous con¬ duire à un résultat utile, bornons-nous à des remarques sur le genre de: contraction des muscles qui concourent à la parole , et dont l’action est plus ou moins aïtéréé dans le bégaiement.

: Des muscles qui servent à articuler, les uns sont soumis à la. volonté ; ce sont ceux des lèvres et des joues , et ceux qui portent la pointe de la langue en haut , en avant pour la sortir de la bouche , et ceux qui la font rentrer dans cette. cavité. Mais les autres mus¬ cles de la langue , ceux qui portent sa base en haut , en arrière ou en bas , les muscles du voile du palais, ceux du pharynx ou du larynx ne sont que très-incomplétement sous l’empire de la vo=- lonté ; aussi quelle difficulté n’éprouvent point la plupart des malades quand il s’agit, par exemple, de montrer au médecin l’arrière-bouche ! On |a beau leur dire de baisser la base ; de la langue parce qu’elle cache les amygdales , ils font nombre d’ef¬ forts , et c’est plutôt par hasard que par une véritable influence de la volonté que le mouvement voulu s’opère; que s’il faut relever le voile du palais, <le plus souvent la volonté y est

68 BÉGAIEMENT.

i mollissante ; que , s’il fallait contracter isolément les muscles du pharynx et du larynx, la volonté y échouerait entièrement. Les organes musculaires n’agissent d’une manière complète que pour atteindre un certain but. Quand nous avons mâché suffi¬ samment une portion d’aliment, et que le moment de la déglutition est venu, aussitôt tout s’émeut , tout concourt à cet acte digestif. Mais quelle est au juste la part de chaque muscle dans cette action? On le comprend d’une manière générale par l’étude ana¬ tomique des parties ; il serait impossible de le dire exactement. Pour que la déglutition s’effectue, rl faut qu’il y ait quelque chose à avaler, ne fut-ce qu’un peu de salive ou d’air ; il serait impossible de faire une déglutition entièrement à vide. Ainsi sous un certain point de vue , les muscles de la déglutition ne sont pas soumis à la volonté. {Voyez ma Physiologie, tom. 2.)

Ce qui vient d’être dit pour la déglutition est applicable aux autres phénomènes qui se passent dans la bouche. Rien n’est si simple que de cracher, se gargariser, etc. Mais ici , comme pour avaler, nous atteignons le but au moyen d’organes qui nous ser¬ vent, sans que nous sachions exactement quelle est la part que chacun y prend. Il en est de même pour produire des sons dans. -larynx ; il en est de même pour parler : nous produisons la voix.r nous articulons sans savoir au juste quel mouvement se passe , soit dans le larynx, soit dans la bouche; il y a nombre de phé¬ nomènes vocaux dontle mécanisme est encoreloind’ètre connu du physiologiste. Nous voulons le but, nous l’atteignons , voilà tout.

C’est un des résultats merveilleux de l’organisation des ani¬ maux ; cette mécanique parfaite par laquelle s’exécute leurs actes les plus compliqués n’est point soumise à leur volonté ; un instinct admirable y préside , sa perfection sera peut-être toujours- hors de la portée de l’esprit humain.

Cet instinct, ou si l’on veut cette intelligence organique presque aussi admirable que l’intelligence même , établit! a différence des- hommes sous le rapport de la précision et de la régularité des mouvemens. Cet instinct fait l’homme adroit ou maladroit, celui qui danse ensuivant ou ne suivant pas la mesure, celui qui chanté juste ou chante faux ; il fait Je grand artiste , le grand génie d’exé-. cution. C’est lui qui donne la grâce ou la disgrâce , la physionomie ou le silence -des traits; c’èst lui qui préside aux innombrables mouvemens nécessaires à la voix et à la parole; c’est donc cet in¬ stinct qui fait les bègues.- On comprend maintenant .combien :iï est inutile -de chercher la cause du bégaiement, et combien sont ülnsoires-toutes les- explications qu’on a voulu en donner.

BÉGAIEMENT. 69

Mais si la recherche de la cause du bégaiement doit être né¬ gligée , ii n’eu est pas de même de l’étude des organ es de la parole , chez les bègues, dansle moment même leur infirmité se fait sentir.

' Une dame américaine a fait suc ce point une observation fort importante, quia conduit à un moyen de guérison des bègues, en même temps qu’elle a excité Inattention et des spéculateurs et des savans sur cette infirmité.

Cettè dame a- remarqué que, dans le moment les- bègues hésitent et s’efforcent de prononcer, sans y réussir,, leur langue sé¬ journe dans le bas de la bouche, derrière les dents inférieures, et que dans l’instaiit ils surmontent la difficulté qui les ar¬ rêtait, la langue s’élève et se rapproche du palais. De cette simplè observation , facile à constater,; l’auteur en a tiré une mé¬ thode curative qui est aujourd’hui en usage non-seulement en Amérique, mais dans toute l’Europe.

M. Malbouche , ayant eu connaissance de cette méthode alors se¬ crète j se chargea de l’exploiter en France ; ilfit annoncer un moyen guérir les bègues; ilprésenta sur, cesujet un mémoire à l’Académie des sciences , et M. Duméril et moinous fûmes chargés de l’examiner il y à .aujourd’hui près de deux ans. Depuis cette époque M. Mal¬ bouche a -continué de soigner des bègues. Il a donc été à même d’en voir et d’en -étudier un grand nombre, et de faire , par con¬ séquent,, sur le' bégaiement des remarques dont il nous a permis de profiter , ; ce que je fais d’autant plus volontiers qu’elles me semblent de nature à éclairer quelques points du mécanisme de la parole. ,

Pour se livrer avec tout le succès désirable à ce genre d’investi¬ gation, il faudrait connaître exactement les mouvemens delà langue qui se passent chez les personnes qui ne sont pas bègues, afin.de fixer en quoi ceux du bègue en diffèrent. Malheureusement on ignore et on Ignorera sains doute long-temps les innombrables nuances, des mouvemens qui se passent dans la langue et la bouche, pharynx, etc., lors de l’exercice de la parole. Il; faut donc s’at¬ tendre à beaucoup d’empirisme dans tout ce qui va être dit sur le mécanisme du bégaiement et sur les moyens par lesquels on par¬ vient aujourd’hui à guérir ce vice.

N’oublions pas- cependant que la plupart des mouvemens de la langue sont instinctifs, et non directement soumis à la volonté, _ét que , pour les exécuter avec précision et agilité , il faut plutôt en détourner Tâtiention que l’y concentrer; ce fait physiolo¬ gique nous sera utile quand il s’agira du traitement.

Remarquons d’abord que tous les sons vocaux , dits voyelles,

7o BÉGAIEMENT.

au,ssi bien que les consonnes ou articulations, exigent , pour être formés-, un certain mouvement de la langue. De ces mouve— mens, les uns ont été signalés par les auteurs qui se sont oc¬ cupés du mécanisme du langage, et en dernier lieu par M. Laf- forre; lès autres sont moins connus , probablement parce qu’ils coïncident habituellement avec des mouvemens plus apparens d’autres parties de la bouche. Par exemple , les consonnes labiales p et b semblent être formées par le seul mouvement des lèvres. Mais, quand un y fait attention, on voit que la langue y- participe par un léger mouvement, d’autant plus important à in¬ diquer, que c’est l’hésitation dans sa production chez les bègues qui causé le plus souvent le bégaiement sur ces lettres. Il n’est pas dans la nature de cet article- que j’entre dans tous les détails des mouvemens de la langue qui sont nécessaires à la production de' chaque lettre, eela ne conduirait point à des résultats pratiques- assez évidéns ; je me bornerai à exposer un fait-capital qui servira de fondement aux procédés curatifs que j’indiquerai plus tard.

Dans l’état normal des organes de la parole , et durant le silence, la langue est appliquée par sa face supérieure contre la voûté palatine et le voile du palais , sa base est soulevée et la pointe est placée derrière lés dents incisives supérieures. : Un mot doit-il être prononcé , instantanément la langue fait un léger mouvement d’abaissement qui ptrmet la production du son vocal par le larynx, et plusieurs autres mouvemens- plus ou moins àpparens et compliqués pour les articulations qui entrent dans la construction du mot; tout cela se passe dans un instant indivi¬ sible jet il-y a simultanéité entre la volonté de parler et l’exé¬ cution delà parole : tel est l’état ordinaire de l’homme, condition qui, pour être générale et nous être familière au point que nous en jouissons sans y songer, n’en est pas moins merveilleuse et digne d’attention si l’on veut arriver à guérir le bégaiement.

En effet , ce que l’on remarque d’abord chez la plupart des -bègues , c’ést la position de leur langue durant les instans de repos qui séparent les mots ou les phrases; elle n’est pas sou— levée-éfc appliquée contre la voûte palatine ; séparée du palais par un intervalle plus ou moins considérable, elle descend au niveau de a mâchoire inférieure , et sa pointé est placée derrière les dents incisives d’en bas. Dans cette position , lorsque le bègue veut parler , il lui est impossible de produire les mouvemens de la langue nécessaires à la formation du son vocal; il n’arrive que difficilement, et par une série d’efforts plus ou moins prolongés, à articuler; de l’absencé de simultanéité entre la volonté de

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parier et l’exécudou , en d’autres termes le bégaiement. Ce fait, avons-nous dit, est capital ; et, en effet, comme en générai le mouvement par lequel nous appliquons la langue au- palais est soumis à la volonté, il est possible de remédier à une des cir- constanees du bégaiement , en l’ecommandant aux bègues de tenir leur langue collée au palais, et d’en contracter l'habitude , de ma¬ nière à ce que cette position se conserve, même quand la volonté n’y prendra plus aucun e- part .

Quand la position déclive de la langue existe chez les Légués, èt-qu’ils veulent parler , il faut d’abord qu’ils fassent un effort pour appliquer la langue au palais , et ils le font si complètement que le conduit vocal ou le conduit porte-voix que représentera bouche, se trouve fermé dans l’instant îli devrait être ouvert ; de l'im¬ possibilité- de produire aucun son , et ces efforts inouis auxquels se livrent certains bègues, les suffocations, les tiraillemens d’estomac ; le.plus souvent toutes ces contorsions et ces efforts n’aboutissent qu’à porter la langue en avant, comme il est naturel de le faire quand, nous! éprouvons un sentiment du strangulation. M, Malbouehe nommé bégaiement en avant cette manière de bégayer : on s’en fend facilement maître; souvent même les bègues parviennent à le surmonter en reprenant haleine.

Dans une seconde espèce de bégaiement , admise par. M. Mal- liouehe,la langue n’est> pas portée en avant, elle reste en haut, mais ses mouvemens ne coïncident pas avec production du son vocal ; il en résulte un viee de parole dont le principal caractère est: la répétition des syllabes incomplètement prononcées; cette répé¬ tition est presque toujours très-rapide et convulsive ; dans cette " sorte de bégaiement , la voix n’est pas étouffée, le bègue n’éprouve point de ces pertes de respiration , de ces tiraillemens d’estomac dont nous venons de parler, car les mouvemens de la langue, nécessaires un passage du son vocal à travers la bouche , s’exécu¬ tent ; il n’y a défaut de coïncidence que lors du besoin d’articuler ; niais comme la langue retombe incessamment dans le bas. de la louche ,: il faut qu’elle fasse plus de mouvemens que celle des personnes qui parlent sans bégayer, et '«es mouvemens qui sont faciles , "lé bègue les répète- jusqu’à’ ce -qu’il ait rencontré celui qu’il cherche. Cette espèce’ confond souvent et coïncide quelquefois avec le bredouillement. Quelques bègues parvien¬ nent à- la surmonter par la lenteur et la régularité de l’articu-.

La troisième espèce de bégaiement , qui est en même temps la plus fréquente , est celle il y a difficulté des mouvemens de la

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langue, en arriére. Les personnes qui en sont affectées n’ont au¬ cune difficulté à élever langue et à la maintenir dans cette po¬ sition; ce sont les raouvemens de rétraction qui sont difficiles , à : qu.oi se joint une sorte de mollesse et d’épaisseur de l’organe. Les difficultés se font particulièrement sentir dans lés lettres qui exi¬ gent la rétraction, telles que b, d,.f, g, p, t,s. Mais le k, le p et le t, étant les lettres qui exigent la rétraction de la lan¬ gue la plus prononcée, sont aussi celles qui sont les plus ré¬ fractaires. Il existe même des bègues. ..qui. n’ont de difficultés que sur ces trois lettres ,! et qui d’ailleurs parlent bien ; seulement leur diction paraît un peu saccadée. Celte: variété pourrait, former nne;;e?pèce particulière.,;

Le bégaiement d’a/Tfère est souventaccpmpügné de circonstances . fâcheuses; il y a des contractions forcées. des muscles du visage, dcs.perles.de respiration; il y a souvent des arrêts prolongés;,, et !1 quelquefois., quand les. bègues peuvent, en surmonter l’obstacle ,-! leurs paroles sontentreeoupéesHe.hc.q.uets désagréables et fatigans. ,

Il m’est impossible de pousser plus loin les détails. relatifs à la classification du bégaiement, établie par M.. Malbouche, je dois me borner à l’énoncer textuellement.

i°. Impossibilité momentanée d’articuler.

2°. Doublement précipité des syllabes.

3’. Arrêt de la parole. par habitude d’esprit.

4'. Bredouillement.

5fr. Difficulté pour les lettres d 'avant.

6°. Zézaiement.

Difficulté pour les lettres de haut.

8\ Difficulté pour les lettres à’ arrière. g. Difficulté pour les trois articulations k , p, t.

Tel est le tableau que l’on peut faire de la classification des divers, bégaiemens d’après les idées de-M. Malboucbe. Je suis, loin de la regarder comme complète ou définitive, sans doute qu'elle sera améliorée à mesure que Ton acquerra de nouvelles notions sur le vice du langage auquel elle s’applique. ; mais elle ne peut manquer de fixer Tatiention.des médecins , au moins comme, point de départ dans une route toute nouvelle et ;d’autant plus digne d’intérêt qu’elle doit conduire à la curé du bégaiement.

Traitemen} du bégaiement . On. peut. guérir du bégaiement, le- fait n’est pas douteux.;. et, sans remonter à Démostbène et.à.ses cailloux, il est certain que nombre de bègues doués d’une vo- Inn ferme et persévérante, et poussés par la nécessité, sont par¬ venus à se débarrasser entièrement de. leur, infirmité. Un. des

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présidens à la convention , dit M.. ïtard dans sa savante dis¬ sertation sur le Psellisme , célèbre par son héroïque sang-froid et: SOU éloquence imposante aot milieu, d’une scène d’borreur, était bègue il avait lutté avec tant d’avantage contre cet embarras de la parole., qu’il avait fini, par Je surmonter. Les faits cette nature ne. sont pas extrêmement rares ; mais ild ne sont l’apanage que de certaines personnes privilégiées et.- douées des qualités mprales nécessaires pour vaincre, de grandes difficultés. D’ailleurs , quels moyens ont employés ces personnes qui se sont: ainsi gué— ries. elles-mêmes? comment sont-elles parvenues à vaincre, les vices de leurs organes vocaux? on l’ignore. Elles se sont sans doute appliquées â.parler lentement posément ,etc;à force de ré¬ pétitions. et d’efforts ., elles sont arrivées à ne plus: être arrêtées par aucune syllabe. Mais pour. un. bègue qui réussit èn ce genre, combien se sont consumés en infructeux: efforts n et ont. enfin;: renoncé à: une entreprise au-dessus,de. leurs, forces ! En tous cas , ces moyens curatifs, hors du- domaine’ de la médecine, étaient plutôt d’heureux essais de l’instinct qui ; préside anx'mouvemeus des. agens de la parole qu’une véritable thérapeutique.- Quelques procédés curatifs ont cependant été proposés. De ces procédés les uns consistent à , détourner l’attention du bègue , en exigeant de lui qu’au moment de parler il remue un doigt un . orteil. Ce mctyèn est fohdé. sur l’observation journalière' que certains mouveinens Compliqués sont plus faciles si nous en détournons notre attention. D’autres procédés; étaient de placèr dans la bouche, -des: corps étrangers * qui , situés transversalement sous ou. sur la. langue, maintiennent cet organe relevé ou abaissé. On recommande.alors au bègue de. faire agir la langue le plus possible. Ces moyens comptent , au dire même des. inventeurs v'ibifen. peu de:rfai:ts. éo leur: faveur-, et exigent: un temps considérable , plusieurs, années par exemple, pour obtenir guérison. On aaussi proposé défaire donner du cor aux bègues, afin d’excrcer-lalangue D’autres personnes ont pensé que l’art de. faire, parler les bègues n’étàit que l’art de. les-faire respirer régulièrement. Aucun de ces moyens curatifs n’a reçu une sanction suffisante de l’expérience. Il n’eu est. pas de même de celui dont je vais parler, et sur lequel; uraison de son importance , jevais entrer.daris quelques détails.: .

Madame Lëigh , habitant New-York, devenue veuve à l’âge de. trente-7six:ans.j,’fùt. accueillie avec bienveiEance dans l'a; famille du docteur Yates, et . y reçut les soins les plus désintéressés. Une des filles de médecin âgée dedix-Ktiitaus., était atteinte d’un bé-

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gaiement prononcé. Madame Leigh ne crut pas témoigner mieux sa reconnaissance à ses hôtes, qu’en délivrant cette demoiselle de son infirmité.- Ellé lut à cet' effet tous les ouvrages- anglais qui ont trait au bégaiement ; mais , n’obtenant pas de cette étude ce qu’elle en désirait, elle se borna à. observer avec persévérance la nature t> de l’infirmité quaVe voulait guérir , sur le sujet même qui en était’ atteint. Après un grand nombre de tentatives infructueuses elle crut enfin avoir trouvé la cause immédiate du bégaiement. Elle imagina ;en conséquence un système d’exercice des organes de la parole , 'au moyen duquel elle obtint la guérison radicale qu’elle avait à cœur d’obtenir.

La remarque que fit la veuve Leigh, et qui la conduisit à son moyen curatif, est (je l’ai déjà dit) que , dans l’instant un bègue hésite, sa langue est placée dans le' bas de la bouche au lieu d’être appliquée contre le palais , position la plus ordinaire chez ceux qui parlent sans hésiter; elle sentit qu’en recommandant au 'bègue de relever la pointe de la langue et de l’appliquer au palais, on rémedierait au bégaiement.. Cette idée était d’une exécution d’autant plus facile, que le mouvement de la langue par lequel nous en appliquons la pointe contre : le palais est soumis à la volonté; et en effet elle eut la satisfaction de voir que. dans cette position le bégaiement disparaît. Il est vrai que la parole n lest ni pure ni facile; la prononciation est em¬ pâtée ; mais enfin relever la pointe de la langue; l’appliquer- au palais;, ; est un moyen de s’opposer au bégaiement. Cette damér exerça donc sons élève à parler de cette manière ; lui interdit expressément; de parler autrement, et ramenant ensuite : peu à : peu. la prononciation à son type naturel, elle obtint guérison

Ayant obtenu ce premier succès /madame Leigh fit l’application de sa méthode curative sur un certain nombre d’autres bègues, et, -- ayant été assez heureuse pour réussir, elle se décida a ouvrir à New- York-uhe institution pour la' guérison du bégaiement; De¬ puis i ifeS, -plus de cent cinquante bègues , dit-on ; en sontsortis guéris. Le temps nécessaire pour une cure complète est variable , mais la durée du traitement dépend beaucoup moins de l’intensité delà maladie que du degré d’énêrgie et de la-tournure l’esprit de chaque sujet; les plus longs traitemens n’excèdent pas six semai¬ nes , et il est très-ordinaire d’en voir qui sont terminés au bout de’quélques jours ou même de quelques heures. C’est ce qui ar¬ rive quand le bègue , à qiii on apprend qu’en relevant la pointe de la langue on surmonte aussitôt la difficulté , pénétré promp-

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tement de celte vérité, y place toute confiance, et, dès lors, sûr de ne plus bégayer, se trouve immédiatement guéri.

- Encouragée par les succès qu’elle obtenait en Amérique, ma¬ dame Leigb voulut propager sa méthode curative en Europe ; elle la. confia sous le secret à M. MalboucLe , frère de celui qui est en ce üioment à Paris. ; la méthode fut d’abord transportée dans le royaume des Pays-Bas. Une commission fût nommée par , le roi pour l’examiner ; plusieurs bègues confiés aux soins des frères Malbouche furent guéris, et les frères Malbojiche reçurent des récompenses proportionnées aux résultats qu’ils obtenaient. Il pa¬ raît que cette même méthode a aussi été introduite en Angleterre. Les. journaux de ce pays ont cité la guérison de plusieurs bègues par le docteur Plart, et entre autres celle du fils du docteur John- sonde Londres , rédacteur du Médico-chirurgical Review.

. Chargé par l’Académie des sciences de porter un jugement sur cette méthode curative de concert avec mon savant collègue Du- méril , nous avons apporter toute l’attention possible pour pou¬ voir asseoir un jugement solide. Nous avons eu une conférence avec M. Malbouche , qui nous a confié dans les détails les plus cir- •constanciés la méthode dite américaine. Il nous a présenté ensuite plusieurs bègues , sur lesquels il se proposait d’employer son moyen curatif. Au bout de quelques jours il nous a montré les mêmes bègues-i dans un état d’amélioration évident; et après un temps variable suivant les individus , il nous les a présentés . en¬ tièrement guéris.; Nous avons nous-mêmes , pour surcroît de pré¬ caution, choisi deux bègues qui nous étaient connus depuis long¬ temps. L’un. d’eux fut promptement guéri de son infirmité., .qui était fort grave ;ile second ne fut pas aussi heureux , il a éprouvé à .peine une légère amélioration dans son bégaiement; il est ‘vrai que ce bègue est en même temps bredouilleur , et qu’il ne s’est point astreint à suivre strictement le traitement, et particulière¬ ment à ne plus parler pendant plusieurs jours que la langue^ re¬ levée et appliquée au palais. On conçoit en effet que , si on Remploie ce moyen que par intervalle , l’habitude vicieuse de la prononciation se maintient dans toute sa force ; tandis qu’en évi¬ tant avec soin d’y retomber, elle finit par se perdre et disparaître. 3o Un fait a vivement frappé la commission. Un jeune homme de Nérac, M. Lavergny, âgé de vingt-quatre ans , ayant eu connais- sance de l’existence de la méthode Malbouche , vint à Paris avec son père, au mois de janvier 1828. Ces messieurs se présentèrent d’abord chez moi pour prendre des renseignemens. Je pus me con¬ vaincre dans cette entrevue que ce jeune homme , bien constitué

76 BEGAIEMENT.

(i’aülours , avait un bégaiement des plus prononcé. Il éprouvait des peries de respiration et des tirailleniens d’estomac dans les. efforts qu.ril faisait pour articuler : les muscles de la figure se con¬ tractaient d’une façon difforme; il avait surtout de la difficulté à; prononcer les pr et les tr. Sa guérison fut des plus promptes ; car, après deux conférences avec M. Malbouche , il comprit si bien et mit si heureusement en. pratique les avis qu’il avait reçus ,, que dès ce moment ibse regarda comme guéri ; et en effet, l’ayant examiné de nouveau, ce n’est pas sans peine que nous avons retrouvé dans sa parole quelque trace de son infirmité. Un autre cas nous a aussi beaucoup frappés eri ce que le jeune bègue: soumis au traitement ne trouvant pas en lui assez d’énergie morale, pour mettre en pratique les exercices qu’on lui enseignait, fut obligé de s’exciter par du café et des liqueurs spiritueuses , et que cette force factice a eu sur sa guérison la plus heureuse influence. Voici comtnent ce jeune homme s’exprimait lui— même sur sa guérison dans une lettre il nous rendait compte de ce qu’il avait éprouvé :

« Mon traitement n’a pas été long , car j’ai pris tout au plus, une douzaine de leçons. Les premières produisirent une amélio¬ ration remarquable , qui eût été suivie d’une guérison immédiate , si de nouvelles occupations, en me détournant de mes exercices, n’eussent aussi ralenti- mon ardeur. Mais l’exemple de la guérison prompte et radicale de M. Lavergny (le même dont il vient d’être fait mention plus haut) , êt dont je fus témoin , la ranima tout— à- fait ; je quittai pour un jour mes occupations , afin de pouvoir me livrer- sans inteiTuptiou à mes exercices.; et pour me donner la force d’en surmonter la fatigue , je bus du café noir et des liqueurs spiritueuses;. Un violent mal de gorge et une extinction de voix qui m’effraya d’abord furent la suite de mes efforts ; mais l’un et l’autre.se dissipèrent en peu de temps,, et je sentis alors que j’exécutais avec facilité les mouvemens qui m’avaient été in¬ diqués.

» Je me déclarai guéri ; en effet la discussion , qui était l’écueil de ma langue , ne m’offrit plus aucune difficulté , et je parlai sans éprouver de hoquets et sans faire aucune espèce de contorsion, ainsi que cela m’arrivait avant mon traitement. Aujourd’hui tout le monde convient qu’on ne se douterait pas que j’ai été bègue. »

Tels, sont les succès que l’on peut obtenir en employant la méthode de la veuve Leigh. M. Malbouche assure, dans un mé¬ moire qu’il a récemment présenté à l’Académie des Sciences, quelle a cependant des imperfections graves auxquelles il. a

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chercher à remédier, et qui l’on conduit à une méthode curative .plus parfaite.

Il reproche à la méthode américaine de ne pas s’appliquer à tous les cas de bégaiement , et particulièrement de ne pas être efficace dans le